• Auteur/autrice de la publication :
  • Post category:Nature
  • Commentaires de la publication :4 commentaires
  • Temps de lecture :38 min de lecture

Un bruit familier

Un V dans le ciel

Un volier de bernaches.
Un V de bernaches passant dans le ciel.
Formation de bernaches en ligne diagonale.
Les bernaches se déplacent également en longues lignes diagonales.

Faciliter le vol

Le vol en v des bernaches
La première bernache produit derrière elle un courant d’air qui permet aux deux suivantes d’en profiter. Celles-ci modifient à leur tour la résistance de l’air pour leurs suivantes et ainsi de suite. Les lignes pointillées sont présentées à titre théorique seulement. Il ne s’agit pas de la représentation de l’angle exact ou des zones modifiées réelles. Ces derniers sont variables, de toute façon, en fonction de la force et de la direction des vents.

Coordonner les mouvements

Volier ou voilier

bernaches et oies des neiges
Volier, voilier ou vol en V, vous serez rarement déçu de les regarder passer. Ici, des oies des neiges commençaient à briser les rangs pour se poser sur l’eau. Au moment de prendre la photo, un volier de bernaches du Canada est passé tout juste en-dessous.

Les bernaches

bernaches en vol
Un couple de bernaches du Canada (Branta canadensis).

Migrations qui changent ?

Augmentation naturelle des populations

Presque 300%

Augmenter le cheptel

Cette augmentation des bernaches et de leur aire de reproduction, près des régions habitées, n’est pas sans causer problème. Il y a une centaine d’années il restait peu de bernaches du Canada. Plus d’un siècle de chasse intense avait presque fait disparaître l’espèce de notre pays. Dans les années 193010, des actions ont été prises pour augmenter le cheptel. Des bernaches du sud-ouest américain, de l’Ontario et des Prairies ont été capturées, pour être implantées dans le sud-ouest de la province de la Colombie-Britannique. Même procédé au Nouveau-Brunswick où on a importé, par pleins camions, des bernaches capturées dans la région de Toronto. C’est une de ces sous-espèces réintroduites, la bernache du Canada géante (Branta canadensis maxima), qui niche de plus en plus dans le sud du Québec.

bernaches au sol
Ces bernaches qui nichent désormais dans le sud du Québec sont de la sous-espèce Branta canadensis maxima. Il n’est plus rare de les observer dans les champs…
bernaches sur un lac
… ou sur les cours d’eau tout au long de l’été.

Elles envahissent les champs

Puis, le réchauffement climatique s’est amorcé, les hivers sont devenus plus tempérés et les bernaches ont commencé à s’installer plus près. Comme elles ont tendance à nicher où elles sont nées, les populations ont explosé. Il est désormais fréquent de les voir en ville, dans les parcs et sur les terrains de golf. À la campagne elles envahissent les champs cultivés, au grand désarroi des agriculteurs, où elles peuvent ravager les récoltes. Plusieurs agriculteurs, tant au Québec qu’ailleurs au Canada, n’hésitent pas désormais à la qualifier d’espèce nuisible11. 

bernaches dans un champs
Une famille de bernaches qui monte une colline, une scène bucolique.
bernaches dans un champs agricole
Le scénario est différent quand les oiseaux se rassemblent et commencent à brouter les champs agricoles. Quelques centaines de bernaches peuvent causer grand tort à une récolte.

Plumage très efficace

En vol, les bernaches peuvent atteindre des vitesses de plus de 100 km/h 12si le vent est favorable. Les sous-espèces migratrices peuvent parcourir plus de 1000 kilomètres en une journée. Ce n’est pas étonnant puisque la bernache possède, en comptant son duvet, entre 20 000 et 25 000 plumes13. C’est plus du double, presque le triple, du moineau domestique ou du troglodyte qui n’en possèdent en moyenne qu’entre 7 000 et 10 000. Une partie de ces plumes sont conçues pour le vol et l’évacuation de l’eau, tandis que le duvet isole efficacement l’oiseau du froid. Ce plumage très efficace lui permet d’ailleurs de conserver une température corporelle d’environ 40°C même par temps glacial.

bernaches en vol
Un plumage abondant, 20 000 à 25 000 plumes, dont une partie procure à la bernache un vol puissant…
bernaches dorment hiver
…tandis que l’autre partie, le duvet, lui procure un isolement efficace contre le froid.

Reproduction

Vers l’âge de deux ou trois ans14, les bernaches du Canada recherchent un partenaire pour s’accoupler. Elles s’apparieront généralement avec un partenaire de taille identique. Cette union dure pour la vie, à moins qu’un des partenaires ne meure. Les bernaches nichent généralement dans la région qui les a vu naître, tel qu’évoqué précédemment, parfois dans le même nid15 s’il est intact. Quelques heures après leur naissance, les oisons peuvent déjà apprendre à nager16. Pendant la nidification, les mâles peuvent se montrer très agressifs pour protéger les oeufs et leur partenaire. Une fois les œufs éclos, ce sont les deux parents qui protègent férocement17 leur progéniture.

bernaches oisons
Quelques heures après leur naissance, les oisons peuvent déjà nager. Ceux-ci viennent tout juste de sortir de la rivière.
bernache et oison
Un oison et sa mère qui marchent sur la rive.

Comportement agressif

Si un adulte perçoit un danger, il tend le cou vers l’avant, un peu en forme de S, il déploie ses ailes, siffle bruyamment en agitant la tête et charge l’intrus. Ce comportement agressif, je l’ai observé à plusieurs reprises et je peux témoigner de l’intensité des combats. Ce comportement se poursuit même l’année suivant la naissance des juvéniles qui demeurent avec leurs parents jusqu’au printemps suivant. Pour protéger les leurs, les bernaches n’hésitent pas à charger des intrus plus gros qu’elles. Même l’homme peut goûter à leur médecine.

bernaches prêtes à attaquer
Lorsqu’elles s’apprêtent à confronter un intrus, les bernaches courbent leur cou en pointant la tête vers l’avant, évoquant la forme de la lettre S.
bernaches combat
Les combats peuvent souvent être très violents.
bernaches combat
Lorsqu’elles se confrontent, les bernaches déploient également leurs ailes pour impressionner l’adversaire.
bernaches agressives
En voici une qui a sagement décidé d’éviter la confrontation.

L’outarde

Il serait incomplet de traiter de la bernache du Canada sans parler de l’outarde. C’est sous ce vocable que nous l’avons longtemps appelée ici au Québec et nombreux sommes nous qui l’appellons toujours ainsi. L’outarde fait partie de notre culture, tant dans la littérature, le parler, que dans la toponymie. Les villages de Pointe-aux-Outardes et Chute-aux-Outardes, la rivière aux Outardes et les centrales hydro-électriques Outardes 2-3 et 4 qui y sont construites, sans oublier les nombreuses rues des Outardes qui sillonnent plusieurs villes du Québec, ne sont que quelques exemples de l’importance de l’outarde dans notre patrimoine.

Dans le langage populaire de l’estuaire du Saint-Laurent, la zostère marine (Zostera marina) était, ou est même encore, couramment appelée herbe à outarde18, herbes à outardes, arbe-outarde, harbe à outarde, herbe-outarde voire même arboutarde. Tout cela fait beaucoup d’outardes mais le hic c’est qu’il n’y en a jamais eu une seule au Québec, au Canada ou même en Amérique. Pourquoi l’appeler ainsi alors?

L’habit ne fait pas le moine

L’expression « l’habit ne fait pas le moine » prend tout son sens dans le cas de la bernache du Canada. Si cet oiseau est encore couramment appelé outarde au Québec, c’est dû à une méprise fondée sur son apparence. Cette méprise, nous la devons aux premiers explorateurs19 et colonisateurs de notre pays. Ceux-ci utilisaient spontanément le nom d’espèces déjà connues en Europe pour nommer les espèces d’ici. Il suffisait pour nos espèces d’Amérique d’afficher une certaine ressemblance morphologique avec des espèces européennes, pour être affublées du même nom. C’est ainsi que Jacques Cartier, dès son deuxième voyage en 1535, témoigne dans ses carnets avoir vu des oultardes (outardes). Il en va de même pour Samuel de Champlain lors de son premier voyage en 1604.

L’outarde canepetière

Les outardes existent vraiment, mais sur les continents européen et africain. Il s’avère que notre bernache a vraisemblablement été confondue avec l’outarde canepetière (Tetrax tetrax L.). Le cou noir avec col blanc de l’outarde canepetière20 peut ressembler de loin à ces caractéristiques de la bernache. Pourtant une différence marquante existe entre notre bernache et les outardes. La bernache est un oiseau surtout aquatique alors que l’outarde est essentiellement terrestre.

bernache et outarde
C’est une bernache, la bernache du Canada. Nous l’avons longtemps appelée outarde ici au Québec. Pour être honnête, c’est une musique à l’oreille que de l’entendre encore parfois nommée ainsi. C’est son cou noir avec col blanc, ressemblant à celui de l’outarde canepetière, qui aurait confondu les premiers explorateurs européens arrivés ici.

La vedette

Espèces actrices

La manchette

Sculpture

Un hasard très symbolique

Rien n’est immuable

Bernaches en images

bernaches après accouplement
Après l’accouplement, le jars (mâle chez l’oie) dresse fièrement la tête vers l’arrière et cacarde bruyamment.
bernache seule en vol
Un vol vigoureux et puissant, voici environ 8 kilos de plumes et de muscles qui passent à toute vitesse au-dessus de moi.
bernache sur l'eau
Le bernache semble aussi à l’aise sur l’eau que dans l’air.
bernache oison
Le pas de l’oie.
bernache oison
Cet oison se croit bien caché derrière quelques frêles tiges de prêle.
bernache oison
Si jeune et déjà fière allure.
bernaches en vol
Les bernaches du Canada sont désormais présentes tant en milieux urbains que naturels.
bernaches sur banquise
Au repos sur les glaces, sous le soleil printanier. Un peu de chaleur bienvenue.
bernaches se battant
Sous le regard attentif du groupe, un jars dominant en chasse furieusement un autre.
bernaches sur banquise
Bernaches et goélands se partagent la surface des glaces pour prendre un petit répit de la mer houleuse.
bernaches broutant dans l'eau glacée
Début décembre, ces retardataires trouvent encore quelques petits crustacés et des rhizomes dans les mares presque gelées, laissées par la marée baissante.
bernaches broutant dans l'eau gelées
C’est en pareilles circonstances que leur duvet prend toute son importance.
bernaches mangeant du scirpe
Des tiges de scirpe au menu pour celle-ci.
bernaches tête sous l'eau
Le nouveau club de nage synchronisée « Les Bernaches » Une note presque parfaite. Elles cherchent de petits mollusques et crustacés.
bernaches au ras de l'eau
Les regarder voler, tout simplement.
  1. https://www.hww.ca/fr/faune/oiseaux/la-bernache-du-canada/ page internet consultée le 20 avril 2025 ↩︎
  2. https://www.dhfq.org/article/volier-ou-voilier , page internet consultée le 15 avril 2025 ↩︎
  3. https://www.audubon.org/news/10-fun-facts-about-canada-goose , page internet consultée le 10 avril 2025 ↩︎
  4. https://www.worldbirdnames.org/new/bow/waterfowl/ page internet consultée le 10 avril 2025 ↩︎
  5. https://www.hww.ca/fr/faune/oiseaux/la-bernache-du-canada/ page internet consultée le 20 avril 2025 ↩︎
  6. https://fr.wikipedia.org/wiki/Bernache_de_Hutchins page internet consultée le 12 avril 2025 ↩︎
  7. https://www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/services/conservation-oiseaux-migrateurs/gestion-conflits/foire-questions.html page internet consultée le 12 avril 2025 ↩︎
  8. https://www.atlas-oiseaux.qc.ca/1eratlas_fr.jsp page internet consultée le20 avril 2025 ↩︎
  9. Robert, M., M.-H. Hachey, D. Lepage et A.R Couturier (dir.). 2019. Deuxième atlas des oiseaux bûcheurs du Québec méridional. Regroupement QuébecOiseaux, Service canadien de la faune (Environnement et Changement climatique Canada) et Études d’Oiseaux Canada, Montréal, xxv + 694 p. ↩︎
  10. https://ici.radio-canada.ca/info/long-format/2054562/bernaches-canada-fiente-ville-semaine-verte page internet consultée le 22 avril 2025 ↩︎
  11. https://ici.radio-canada.ca/info/long-format/2054562/bernaches-canada-fiente-ville-semaine-verte page internet consultée le 22 avril 2025 ↩︎
  12. https://canadiangeographic.ca/articles/animal-facts-canada-goose/ page internet consultée le 21 avril 2025 ↩︎
  13. https://www.audubon.org/news/how-do-feathers-keep-birds-warm page internet consultée le 22 avril 2025 ↩︎
  14. https://www.audubon.org/news/10-fun-facts-about-canada-goose page internet consultée le 10 avril 2025 ↩︎
  15. https://canadiangeographic.ca/articles/animal-facts-canada-goose/ page internet consultée le 11 avril 2025 ↩︎
  16. https://www.audubon.org/news/10-fun-facts-about-canada-goose page internet consultée le 12 avril 2025 ↩︎
  17. https://www.in.gov/dnr/fish-and-wildlife/hunting-and-trapping/canada-geese-management/behavior-and-biology/ ↩︎
  18. https://www.dhfq.org/article/herbe page internet consultée le17 avril 2025 ↩︎
  19. Boulet, R. (2022). L’histoire ornithologique du Québec: en direct du passé (1ère éd.). Éditions Crescendo! Québec. ↩︎
  20. https://ebird.org/species/litbus1?siteLanguage=fr_CA page internet consultée le 17 avril 2025 ↩︎
  21. https://www.leparisien.fr/archives/le-peuple-migrateur-les-ailes-du-plaisir-12-12-2001-2002654062.php page internet consultée le 16 avril 2025 ↩︎
  22. https://www.lefigaro.fr/lifestyle/vol-new-york-charlotte-ce-qui-s-est-passe-dans-le-cockpit-de-l-avion-qui-a-amerri-dans-l-hudson-20190725 page internet consultée le 17 avril 2025 ↩︎
  23. https://www.aci-iac.ca/fr/livres-dart/michael-snow/oeuvres-phares/flight-stop/ page internet consultée le 19avril 2025 ↩︎
  24. https://www.science-et-vie.com/nature-et-environnement/un-combat-sans-pitie-entre-un-aigle-et-une-oie-qui-en-sortira-vainqueur-photos-193152.html page internet consultée le 19 avril 2025 ↩︎

Pour être informés de la publication d’un nouvel article, je vous invite à vous abonner à Photo-Nature-Culture en remplissant le formulaire ci-dessous. C’est gratuit!
Si vous ne recevez pas un message de confirmation dans les minutes qui suivent, vérifiez votre boîte de courriels indésirables, si le message s’y trouve, ajouter l’expéditeur à vos courriels autorisés. Merci beaucoup et à bientôt.

Cet article a 4 commentaires

  1. Eli

    Ah merci / c’est magnifique ❤️

    1. Yves

      Tout le plaisir est pour moi🙏🏼. Merci Eli, bonne fin de soirée et à bientôt j’espère.

  2. Catherine Forestier

    Merci beaucoup Yves pour ton article sur les bernaches, j’ai appris beaucoup de choses.
    Très belles photos!!!

    1. Yves

      Tout le plaisir est pour moi Catherine. Merci pour la lecture et pour le commentaire 🙏🏼 Plusieurs des photos ont été prises à partir de mon kayak, j’ai bien hâte de commencer la saison. Bonne semaine et merci encore pour le retour. 🌞👋🏻

Laisser un commentaire

 

La bernache du Canada

You are currently viewing La bernache du Canada