Vous marchez sur le bord d’une rivière. Vous arrivez près d’un étranglement rocheux où le débit de l’eau devient torrentiel. Comme c’est l’été et que la pluie est plus rare, le niveau de la rivière est à son plus bas, ce qu’on appelle l’étiage. Le socle rocheux, recouvert par les eaux tumultueuses en périodes de crues, est désormais exondé. En vous approchant vous apercevez, percés dans le roc, des trous verticaux de diamètres et profondeurs variables. Il sont parfaitement circulaires pour certains ou plus ou moins ovales pour d’autres. On dirait qu’un géant s’est amusé, avec une perceuse, à tester différents forets sur la surface rocheuse. Ces trous, on les appelle des marmites, et s’ils sont d’un diamètre respectable, on les appelle « marmites de géant ». On entend aussi parfois le terme chaudron, et en France, plus particulièrement en Occitanie, le terme oule.



La formation des marmites
La formation des marmites peut différer selon le type de roc dans lequel elles apparaissent et les conditions physico-chimiques présentes dans le milieu. Le processus le plus courant est celui associé aux rivières à débit torrentiel. Ce sont des exemples de ce type de marmites qui seront présentés dans cet article.

Les marmites en milieu torrentiel
Les marmites en milieu torrentiel sont formées par l’action tourbillonnaire de l’eau qui entraîne sable et galets. Le processus est assez simple: lorsqu’il y a des irrégularités dans le lit d’une rivière, le courant tend à former des tourbillons. Ces tourbillons entraînent du sable et des galets qui, lentement mais sûrement, tout en tournoyant approfondissent les dépressions existantes. Quand le trou ainsi amorcé atteint une certaine profondeur, ce sont de plus gros galets qui y tombent. Ils y sont emprisonnés par la force du courant et ils tournent et tournent tout en creusant le trou et en érodant ses parois. La marmite est née. Elle poursuivra sa croissance tant que l’eau y fera tourbillonner les galets. C’est le mécanisme classique de formation par érosion mécanique. Il peut arriver de trouver des marmites loin d’un cours d’eau. C’est qu’elles ont été formées longtemps auparavant lorsqu’un cours d’eau coulait à cet endroit.

Le sable et les galets
Le sable et les galets sont généralement plus durs et résistants que le socle rocheux qu’ils creusent. Ces galets s’usent également, mais sont remplacés par d’autres qui par hasard tombent dans le trou au fur et à mesure qu’il s’approfondit. Lorsque le niveau de l’eau est bas et que les rochers exondent, on peut observer des galets de tailles diverses qui reposent au fond des marmites.




Des trous deviennent des sculptures
Le temps et la force mécanique faisant leur œuvre, on peut observer des marmites de toutes tailles et de diverses formes. Lorsque deux marmites sont rapprochées, la paroi qui les sépare peut céder sous l’effet de l’érosion. Les tourbillons propres à chacun des trous n’en forment plus qu’un et la dynamique de creusement se modifie. On peut parfois observer un grand trou percé sur son fond de plusieurs plus petits. Des marmites dans la marmite. Au fil du temps, les trous se rejoignent mutuellement pour former dans le roc un chenal aux parois concaves, par lequel la rivière s’engouffre désormais. C’est ainsi, pourrait-on dire, que des trous deviennent des sculptures abstraites qui charment l’oeil tout autant que l’imagination.






Le processus chimique
Il existe au moins un autre mode de formation des marmites: le processus chimique. Celui-ci agira parfois sur des formations légèrement solubles comme le calcaire et les gypses. Lorsque le cours d’eau est en crue, il surviendrait une dissolution accrue dans les zones où le courant tourbillonne. Lorsque le niveau de l’eau baisse, les marmites demeurent partiellement remplies d’eau. L’eau qui y stagne continue à dissoudre le fond des marmites et accroît les dépressions initiales. Ce processus peut, semble-t-il, se combiner au processus d’érosion du sable et des galets.
Le sentier de la marmite
Dans le parc de la rivière Batiscan, le sentier de la marmite nous conduit à une immense marmite de géant faisant environ quatre mètres de diamètre. On peut y entrer, l’effet est saisissant et le site est magnifique. Cette marmite serait vieille de plus de 11 500 ans. Le lit de la rivière se trouve désormais plusieurs mètres en dessous de cette vieille marmite. En explorant les lieux, on peut en observer d’autres de tailles plus modestes, dont une qui est horizontale. Le bloc rocheux dans lequel elle est percée s’est retourné à une certaine époque et la marmite est désormais horizontale et percée à ses deux extrémités.




Paléomarmites
Il existe au Québec, plus précisément à Pointe-au-Pic, une formation rocheuse de calcaire occupée par des paléomarmites. Ces marmites, très anciennes, dateraient d’entre 400 et 500 millions d’années. Le terme paléo fait d’ailleurs référence à cette période, le paléolithique. Avec le temps elles se sont remplies de matériaux calcaires probablement d’origine marine qui se sont solidifiés. Tout cela s’est passé avant l’écrasement du météorite ayant formé l’astroblème de Charlevoix. Fait inusité, ces paléomarmites se présentent sous un axe horizontal au lieu d’être verticales comme elles le devraient. Selon Schultz (2017), ce phénomène serait attribuable au basculement des strates de grès et de calcaires dans lesquelles étaient creusées les paléomarmites. Ce basculement se serait produit sous l’effet de l’impact météoritique majeur et les phénomènes de rebonds centraux qui ont suivi. Je n’ai pas encore visité ce site mais il fait partie de mes prochains plans d’excursions.
Où observer des marmites
Il existe bien des endroits où observer des marmites. Celles qui sont présentées dans cet article se situent en trois endroits: le parc de la rivière Batiscan et sa marmite de géant dans laquelle on peut entrer, le parc de la chute Sainte-Agathe-de-Lotbinière et le parc des Chutes Rouillard à Saint-Anselme. Comme ce dernier parc est à environ trente minutes de chez-moi, j’aime bien m’y arrêter une ou deux fois par année. L’accès à la rivière est facile et ses rives regorgent de marmites. Les marmites ne sont toutefois pas rares. Si vous marchez près d’une rivière à débit torrentiel et que ses rives sont rocheuses, ouvrez l’oeil. Les probabilités sont fortes que vous en aperceviez quelques unes, particulièrement quand le niveau de l’eau est bas. Bonne promenade.
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Franchement très intéressant toutes ces informations sur les marmites et particulièrement les magnifiques photos qui accompagnent le texte. Merci Yves
Merci beaucoup Marie-France pour ton gentil commentaire. Bonne semaine à toi.xx
Étonnant ce phénomène dont il me semble qu’on parle peu souvent.
Y-en-a-t-il aussi des marmites au bord de Fleuve?
Allô Christiane. Un phénomène très intéressant et parfois fort spectaculaire. Pour répondre à ta question oui on peut parfois en voir sur le bord du fleuve mais c’est moins fréquent. Merci d’avoir pris le temps de me lire. Bonne semaine à toi xx
Merci pour cet article et magnifiques photos !❤️
Merci beaucoup Eli, tout le plaisir est pour moi xx