Considérée pendant longtemps comme mauvaise herbe1, l’asclépiade commune (Asclepias syriaca) est devenue récemment une plante dont on vante désormais les vertus. Ce changement de perception découle principalement de deux raisons, soit la découverte du rôle primordial qu’elle joue dans le cycle de vie du papillon monarque et l’aboutissement de travaux de recherche qui ont permis de produire, à partir des fibres contenues dans ses follicules (fruits), de la soie végétale, de l’isolant thermique, de l’isolant acoustique et de l’absorbant pétrolier. C’est toutefois l’utilisation de l’isolant thermique dans des vêtements de plein air qui l’a fait connaître davantage ici au Québec.
Il y a longtemps que je t’aime…
Pour ma part, cette plante m’a fasciné dès l’enfance. Il y en avait un plein champ tout près de notre maison et j’aimais bien aller y cueillir les follicules et les examiner. Ils me faisaient penser à de petits épis de maïs et j’appelais d’ailleurs cette plante « mini-blé-d’Inde ». J’épluchais donc délicatement les follicules, et les graines m’évoquaient par leur apparence des grains de maïs. Maintenant, bien des années plus tard, ces follicules exercent toujours sur moi une attraction particulière; il n’est pas rare de me voir accroupi ou couché au sol en train de les photographier. Ils sont particulièrement photogéniques de la fin de l’automne au milieu de l’hiver.

L’asclépiade et le monarque
L’asclépiade joue un rôle écologique très important pour le développement et la survie du papillon monarque (Danaus plexippus), un insecte à statut préoccupant inscrit au registre de la Loi sur les espèces en péril du Canada2. En plus de trouver nourriture et abri sur cette plante pendant les premières parties de son cycle de vie, le monarque ingère, au stade de chenille, des substances toxiques contenues dans les feuilles de l’asclépiade, les glycosides cardiotoniques, qui lui permettent de devenir toxique à son tour. C’est un excellent moyen de défense contre les prédateurs pour un insecte qui effectuera, rendu adulte, une migration de près de 4000 kilomètres vers le centre du Mexique pour y passer l’hiver3.

Débuts laborieux
Malgré des débuts de commercialisation laborieux marqués par des échecs, la soie contenue dans les folicules semble faire l’objet de plusieurs projets prometteurs. Une petite entreprise de Québec, Lasclay, a d’ailleurs produit et vendu en 2020, en pleine pandémie, plus d’un millier de mitaines doublées en soie d’asclépiade4. De plus, cette jeune entreprise a lancé à l’automne 2021 un nouveau produit, soit un foulard doublé d’asclépiade. Une autre entreprise québécoise, la coopérative Monark, s’est donnée pour mission de regrouper les producteurs et de développer avec eux une expertise de la culture de l’asclépiade qui sera reconnue mondialement.

Un peu d’histoire
La connaissance de l’asclépiade ne date pas d’hier. Au début du dix-septième siècle, en 1606 plus précisément, un écrivain français grand voyageur, érudit et manifestant beaucoup d’intérêt pour les plantes, Marc Lescarbot, se rend en Acadie. De retour de ce voyage un an plus tard, il décrit plusieurs plantes dont la chanvre locale5. Sa description correspond sans contredit, selon les experts, à l’asclépiade. Il mentionne aussi que les fibres soyeuses peuvent servir à faire d’aussi bons lits que la plume, parlant sûrement dans ce cas de la bourre des matelas et oreillers.
Tous ces renseignements proviennent d’une œuvre colossale, que je considère importante de présenter ici puisque plusieurs renseignements étoffant mes articles portant sur la végétation en proviendront. Il s’agit d’une série de quatre volumes intitulés « Curieuses histoires de plantes du Canada »6. Les trois premiers volumes sont écrits par M. Alain Asselin, professeur retraité du Département de Phytologie de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval, M. Jacques Cayouette, botaniste et chercheur à Agriculture et Agroalimentaire Canada et M. Jacques Mathieu, professeur émérite de l’Université Laval dont le domaine d’expertise est l’histoire de la Nouvelle-France. Le quatrième volume7 est écrit par les deux premiers auteurs et il est préfacé par M. Mathieu.

Art et culture
En poésie
L’asclépiade n’est pas que plante, elle est aussi poésie.8 En versification gréco-latine le petit asclépiade est un vers de quatre pieds utilisé en poésie lyrique, tandis que le grand asclépiade est un vers de cinq pieds. On l’appelle ainsi du nom du poète lyrique grec Asclépiade, ayant vécu aux environs du VIe siècle av. J.C.
Dans la mythologie
Dans la mythologie grecque, le dieu Asclepios9 était dans l’épopée homérique un héros thessalien puis à l’époque classique, le dieu de la médecine. Il était l’ancêtre mythique des Asclépiades, une dynastie de médecins qui exerçaient à Cos et Cnide, dont Hippocrate est sûrement le plus connu.
L’époque moderne
À l’époque moderne, c’est le célèbre naturaliste suédois Carl Von Linné qui nomma, en l’honneur du dieu Asclepios, la famille Asclepiadaceae, le genre Asclepias, ainsi que la plante faisant l’objet de cet article.
Plus près de nous, un éloge à l’asclépiade nous est présenté dans le poème Attendre le vent composé par Martine Audet, une auteure montréalaise. Ce poème fait partie d’un ouvrage intitulé Un herbier de Montréal10, un superbe recueil composé de poèmes, de descriptions scientifiques, d’illustrations et de bandes dessinées décrivant chacun à leur manière seize plantes représentatives ou emblématiques de la ville de Montréal.

Chère asclépiade!
Asclépiade! De l’écologie d’une espèce à la fabrication de vêtements, de la poésie de la Grèce antique à la contemporaine, de la mythologie grecque aux souvenirs d’enfance d’un adulte ayant conservé son cœur d’enfant, que d’univers bien différents gravitant autour de ce simple nom.
J’invite les curieux qui aimeraient en savoir plus à consulter les références que je joins à cet article. N’hésitez pas à me laisser vos impressions ou questions, je me ferai un plaisir de vous lire et de vous répondre. À la prochaine.
Références
1- Samson, F., (Journaliste), & Laperrière-Roy, O., (Illustratrice). (2021). Les grandes promesses de l’asclépiade, la soie d’Amérique [Récit numérique]. Dans Ici Radio-Canada.ca . Montréal, Québec : en ligne https://ici.radio-canada.ca/recit-numerique/2072/asclepiade-agriculture-amerique-textile-production-vetements-quebec?utm_source=Google&utm_campaign=AO-SEM&utm_medium=cpc&utm_term=INFO&utm_content=formats-longs
2-3Gouvernement du Canada. (2019) Le monarque : profil d’une espèce en péril. Repéré à https://www.canada.ca/fr/environnement-changement-climatique/services/especes-peril-centre-education/fiches-information/papillon-monarque.html
4- Site web: https://lasclay.com
5- Asselin, A., Cayouette, J., & Mathieu, J. (2014). Curieuses histoires de plantes du Canada : Tome 1. 1000-1670. Québec, Québec: Les éditions du Septentrion.
6- Asselin, A., Cayouette, J., & Mathieu, J. (2014-2017). Curieuses histoires de plantes du Canada : Tomes 1-2-3. 1000-1670, 1670-1760, 1760-1867. Québec, Québec: Les éditions du Septentrion.
7- Asselin, A., & Cayouette, J. (2019). Curieuses histoires de plantes du Canada : Tome 4. 1867-1935. Québec, Québec: Les éditions du Septentrion.
8- Asclépiade (poète lyrique). (2020-21) Dans Wikipédia en Français. Repéré le 5 février 2022 à https://fr-academic.com/dic.nsf/frwiki/143077
9- Techno-Science.net. Source Wikipédia. Repéré le 5 février 2022 à https://www.techno-science.net/glossaire-definition/Asclepios.html
10 Laverdure, B. (2017) Un herbier de Montréal. Montréal, Québec : La Pastèque Éditeur.
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Les photos sont magnifiques et les informations très intéressantes, Félicitations !
Merci beaucoup c’est très gentil. Tu inaugures ma page blog de ton commentaire.
Allô Yves.
Félicitations pour tes articles bien documentées, d’histoires , d’anecdotes instructives, tes superbes photos. Tout y est, pour une néophyte comme moi et suis sûr à un grand nombre.
Quel beau travail. Merci
J’ai partagé ton site.
Lina
Merci beaucoup Lina de ta gentillesse. Je suis bien content que tu ais apprécié. Un nouvel article suivra dans environ deux semaines . À bientôt xx