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Ce sera en mai

Une promenade récente dans un boisé lévisien m’a confirmé que la floraison de nos belles printanières débutera sous peu. L’érythone d’Amérique et le trille rouge arborent déjà leurs boutons floraux et n’attendent que chaleur et soleil se fassent moins radins. La feuille unique encore enroulée de la sanguinaire du Canada commence à émerger du sol. Au bord de l’eau, le populage des marais n’est pas en reste, feuilles et boutons sont déjà abondants. Certaines années ces plantes hâtives s’ouvrent en avril, cette année, dans notre région, ce sera en mai. C’est la sagesse de la nature, elle a su ne pas s’imposer la dictature des échéanciers. Je sors de terre, je crois, je fleuri, je mûri et tutti quanti, le temps venu bien entendu.

Érythrone d'Amérique en  bouton
Après être sortie du sol, elle a réussi à percer la litière de feuilles séchées pour poursuivre sa croissance. Après avoir affronté quelques gels et neiges tardives, la voici prête à fleurir. C’est l’érythrone d’Amérique.

Un aspect important du cycle de cette fleur

L’érythrone pousse en colonies parfois assez importantes.  Sa fleur jaune, sa floraison hâtive et ses feuilles tachetées en font une plante facile à repérer et identifier. Elle affectionne les érablières, là où le sol est riche et de bien à modérément drainé. Son abondance relative ne doit pas inciter pourtant à négliger un aspect important du cycle de cette plante, sa lenteur. L’érythrone croît lentement et met environ dix ans avant de produire sa première fleur. Pendant toutes ses années d’immaturité, vous ne verrez du plan qu’une seule feuille sortir du sol. S’il y a deux feuilles, il est désormais mature et peut enfin fleurir. Il est par conséquent bien évident que marcher sans précautions sur une population peut causer beaucoup d’impacts au sein de cette dernière. Il en va de même de toute récolte. Qu’on soit promeneur, cueilleur, ornithologue ou photographe, une même règle s’impose: regarder où on met les pieds.

Érythrone d'Amérique, plants immatures
Chacune de ces feuilles uniques correspond à un plan immature. Pendant plusieurs années ces feuilles repousseront ainsi.
Érythrone d'Amérique plant mature en fleur.
Deux feuilles au centre desquelles se dresse une fleur, il s’agit d’un plan mature. Il lui aura fallu environ dix ans pour atteindre cet état.

Plante médicinale et comestible

Une recherche rapide sur internet permet d’apprendre que l’érythrone d’Amérique peut être comestible et qu’elle possède certaines vertus médicinales. Selon le site Espace pour la vie, au printemps les feuilles bouillies sont comestibles et se mangent comme un légume. Il en serait également de même pour les bulbes, mais avec parcimonie car ils peuvent être vomitifs en quantité trop importante. Il semble que les Premières-Nations l’utilisaient contre les maux de poitrine et que ses feuilles fraîches étaient également employées comme cataplasme contre l’enflure ou les ulcères.

La prudence s’impose

On devrait peut-être garder une certaine réserve lorsqu’il s’agit de promouvoir les vertus gastronomiques ou médicinales des plantes sauvages. Nous assistons présentement à une montée de l’intérêt pour la forêt nourricière et la forêt qui guérit. C’est face à cette popularité grandissante que la prudence s’impose. On en parle dans certaines émissions à la télévision, à la radio, on voit se multiplier les livres traitant du sujet, il y a même désormais des livres de recettes consacrés aux plantes sauvages. On voit naître une mode et la mode entraîne souvent, hélas, son lot de cupidité.

Les impacts

Se nourrir ou se guérir de la forêt devrait demeurer une activité marginale. Imaginez quelques dizaines de personnes débarquant dans un même boisé, par un beau samedi matin, pour cueillir telles fleurs, feuilles ou tiges dans le but d’en faire leur repas du soir. Imaginez maintenant le soir venu, les impacts de cette activité, non seulement sur les espèces convoitées mais sur toutes les autres espèces piétinées ou cassées par inadvertance, ou sur tous les animaux dérangés dans leur habitat et qui, par conséquent, ont peut-être raté le repas de leur journée. Multipliez ces impacts par plusieurs forêts et plusieurs groupes de personnes et en peu de temps le mal est fait. J’exagère? Ce n’est pas pour rien que plusieurs espèces végétales sont maintenant protégées par une loi qui en interdit la cueillette ou qui, à tout le moins, l’encadre.

Érythrones d'Amérique piétinées
Distraction? Indifférence? Insouciance? Peu importe, quelqu’un a piétiné ces trois plants matures. Dix ans d’une patiente croissance, dix ans à survivre aux changements de saisons et aux intempéries, dix ans pour terminer ainsi en un bref instant. Elles n’auront pas eu le temps de produire leurs graines et se reproduire. Le simple pas d’une seule personne aura suffit. Imaginez ceux de plusieurs personnes…

Une plante à qui on doit beaucoup

On retrouve, chez plusieurs auteurs, une mention à l’effet que c’est l’érythrone d’Amérique qui a fait naître la passion de la botanique chez Conrad Kirouac, alias le frère Marie-Victorin. C’est en 1903, lors d’une promenade dans un boisé de Saint-Jérôme, qu’il cueille une fleur d’érythrone et cherche à l’identifier. Passe par là un paysan qui lui apprend que c’est l’ail douce, autre nom de l’érythrone. C’est ainsi qu’aurait débuté la passion de Marie-Victorin pour l’identification et la description des plantes. Le tout semblant véridique, c’est donc dire que sans l’érythrone, peut-être n’aurions-nous jamais eu cet ouvrage inestimable qu’est La flore Laurentienne.

Érythrones d'Amérique
Dire que sans cette plante nous n’aurions peut-être pas cet inestimable ouvrage de référence que constitue La flore Laurentienne.

La fleur parfaite

Selon Marie-Victorin, « L’érythrone peut être considéré comme le type parfait de cette catégorie de plantes des bois qui, ayant besoin de la pleine lumière, doivent nécessairement accomplir leur cycle épigé complet : phase végétative aérienne, floraison, maturation, retour à la terre, dans les deux ou trois semaines qui s’écoulent entre la fonte des neiges et l’apparition des feuilles sur les arbres à feuillage décidu. » À vous maintenant de la découvrir. Vue d’en haut, la fleur ressemble à une clochette. Penchez-vous au ras du sol, vous verrez la clochette devenir étoile, perchée seule au sommet de sa tige. S’élevant de la base du plant, ses deux feuilles, luisantes et parsemées de taches, évoquent la robe de l’omble de fontaine d’où son nom de Trout Lily dans la langue de Shakespeare.

Érythrone d'Amérique. La fleur parfaite.
La fleur parfaite de la catégorie des printanières hâtives selon Marie-Victorin

Fiche technique

Érythrone d'Amérique , caractéristique

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Cet article a 4 commentaires

  1. Éli Toussaint

    Quel article génial encore une fois !
    Merci !!

    1. Yves

      Merci beaucoup à toi Eli! 🙏🏼🌼🙏🏼 Je suis bien content qu’il t’ait plu.Bonne soirée🌙✨👋🏻

      1. Marie-Noëlle Chouinard

        Merci Yves! Je viens justement de parcourir le terrain de tes ancêtres il y a quelques jours avec Anne-Christine et nous avons vu les tapis magnifiques d’erythrones et de trilles. Mes préférées!

        1. Yves

          Merci beaucoup Marie-Noëlle! Ça semble une bonne année pour le trille rouge car je n’en ai jamais vu autant dans les bois le printemps. Si vous avez vu ces deux espèces sur le terrain ancestral, il se peut qu’il y ait aussi de l’uvulaire. Cette fleur beaucoup plus discrète est moins facile à apercevoir mais j’aime beaucoup la délicatesse qu’elle évoque avec sa forme en trompette et son port pendant. Bon vendredi et je te souhaite de belles promenades en nature pendant cette longue fin de semaine qui approche.

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L’érythrone d’Amérique

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