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Fées

En ce temps des Fêtes qui s’achève, vous avez sûrement entendu prononcer le mot fée à maintes reprises. Fées de Noël, fée des glaces, des neiges, des étoiles, fées gentilles ou méchantes, bref tout un monde de fééries. Pour rester dans la même veine, je parlerai aussi de fées dans cet article. Enfin pas tout-à-fait… Il sera plutôt question des pierres de fées. Les connaissez-vous?

Pierre de fées

On appelle pierres de fées ces jolies pierres aux formes douces, ornées de courbes, de cercles, voire d’arabesques, qu’on peut trouver dans le sol de certaines régions en Abitibi. J’ignorais leur existence jusqu’à ce qu’un ami, originaire d’Amos, m’en offre une. Merci Normand!

pierres de fées
Voici les pierres de fées. Admirez la variété de formes et de motifs.

Beaucoup d’informations et si peu

Intrigué, tant par leur processus de formation que par l’origine de leur nom, j’ai entrepris quelques recherches à leur sujet. J’ai trouvé beaucoup d’informations et si peu à la fois, qu’il me faut avouer en être resté sur mon appétit. Les recherches pouvant me révéler leur vrai nom ainsi que l’origine de celui qui leur est donné sont restées vaines. Pas plus de succès pour connaître précisément le processus de formation qui leur donne cet aspect si particulier. Rien de tangible et plusieurs contradictions. Les renseignements proviennent en majorité de sites de vente de minéraux ou de tourisme de la région de l’Abitibi. Ces sites ne citent jamais, hélas, leurs sources. Voici tout de même une synthèse de ce que j’ai pu trouver.

pierres de fées
Les mêmes pierres avec une référence d’échelle de grandeur.

L’origine

Commençons par l’origine du nom pierres de fée. Dans la plupart des sources consultées, on attribue l’origine de ce nom au peuple algonquin. Ce dernier occupait, entre autres, les territoires de la vallée de la rivière Harricana où on trouve ces pierres. Selon la croyance, cette nation algonquine, plus précisément les Anicinabek, vénérait les pierres de fées et leur attribuait certains pouvoirs.

Il me semblait toutefois que la notion de fées soit originaire d’Europe. De plus, je ne l’avais jamais vue associée à la mythologie autochtone. J’ai donc posé la question à une amie de Wendake. Voici sa réponse «… les fées pas plus que les princesses n’existent dans le monde autochtone. Par contre certaines pierres et herbes sacrées offrent protection, calme santé, etc … Car pour les autochtones tout ce qui vit (eau, terre, monde animal – incluant l’humain – ou le minéral a une vie propre et un esprit protecteur.» Merci Michèle pour ta lumière qui m’a incité à chercher davantage.

Les memegwesisak

Selon Flannery 1931, dans Bousquet 2013, il existe dans la culture Anicinabek de petits êtres, les memegwesisak  « qui vivent parfois en forêt, mais surtout dans les fentes des rochers ou dans l’eau. Ils coupent parfois les filets et volent les poissons, mais ils ne sont pas malveillants. Ils ont des pouvoirs magiques et peuvent ensorceler des humains ou des animaux. Ils font en sorte de ne pas être vus, mais laissent aussi des traces, comme des inscriptions gravées sur les rochers, des pointes de flèches, des petites empreintes de pieds, voire des « pierres de fée », petites concrétions naturelles que l’on trouve sur les rives de l’Harricana, où l’on voit parfois des traces de fossiles. Ces pierres portent chance à la chasse. »

Selon cette source, d’après moi, l’expression pierres de fées semble plutôt venir de l’auteur puisque ces pierres seraient des traces de présence laissées par les memegwesisak. Jen déduis qu’il y a de fortes probabilités que les fées associées à ces pierres proviennent plutôt de la culture des premiers colonisateurs ou missionnaires allochtones que de la mythologie algonquienne.

pierres de fées
Pierre de fée? Ne devrait-on pas l’appeler pierre de memegwesisak?
pierres de fées
La même pierre sur son autre face.

Son vrai nom

Quel est son vrai nom? D’autres pierres ou minéraux portant aussi des noms populaires ont un vrai nom géologique. Ainsi, l’or des fous est de la pyrite. La pierre de lune ou hécatolite (nommée ainsi d’après la déesse Hécate) est une adulaire. Le nom de la pierre à savon, dans laquelle les inuits sculptent si habilement, est de la stéatite. La pierre à feu est du silex. Les pierres de fées trouvées dans le parc qui porte d’ailleurs son nom, en Virginie, le Fairy Stone State Park, sont de la staurolite. Cette dernière est toutefois très différente, par sa composition et sa forme en croix, de celle du Québec. En ce qui concerne notre pierre de fée, tout ce que j’ai pu trouver c’est le fait qu’il s’agit d’une concrétion calcaire ou peut-être d’une ménalite. 

La concrétion calcaire

La concrétion calcaire est un terme exact mais très général, car bien des concrétions calcaires ne ressemblent en rien à des pierres de fées. Selon le ministère des ressources naturelles et de la faune (MRNF, 2010), les pierres de fées de la vallée de la rivière Harricana sont formées de sable fin argileux lié par un ciment calcaire. Ces concrétions calcaires se sont formées lors du retrait des glaciers il y a quelques milliers d’années. L’eau de fonte, chargée de gaz carbonique, a dissous le calcaire qui s’y trouvait. Par la suite les changements de température et de pression ont concentré le calcaire qui s’est déposé par endroits. Les cours d’eau se sont par la suite chargés de sculpter ces concrétions pour leur donner l’aspect sous lequel on les découvre aujourd’hui.

Selon le Musée minéralogique de l’Abitibi-Témiscamingue, la formation des concrétions aurait également fait intervenir un processus biologique, c’est-à-dire l’activité bactérienne. Celle-ci survint dans les marécages après le retrait des glaciers et des grands lacs qui leur succédèrent. Les bactéries y auraient formé de vastes tapis de matière gélatineuse dans lesquels les algues et plantes vinrent s’imprimer pour former de curieuses figures. Par la suite, l’eau froide aurait fait pétrifier le tout.

pierres de fées
Il s’agit en fait d’une forme de concrétion calcaire. Mais comment s’est-elle formée exactement?
pierres de fées
Je n’ai pu trouver la réponse exacte

Ménalite

Selon GeologyScience 2024, la ménalite est une roche sédimentaire, caractérisée par sa structure nodulaire ou concrétionnée distinctive. Elle est souvent trouvée en association avec l’argile. Une caractéristique de la ménalite est le fait qu’on y trouve fréquemment des restes fossilisés. C’est le cas des pierres de fées de la région de l’Abitibi.

pierres de fées, fossiles
Macrophotographie de la surface d’une pierre. On remarque les débris végétaux fossilisés.
pierres de fées, fossiles
Autre pierre, les fossiles sont bien visibles au centre du cercle central.
pierres de fées, fossiles
Un des fossiles sur cette pierre ressemble à un bonhomme allumette

Un doute

Ces informations me paraissaient satisfaisantes. Toutefois, en poursuivant ma lecture sur ce site, c’est en lisant l’origine du nom que tout devint boiteux. Selon GeologyScience donc, « La ménalite a été identifiée et étudiée pour la première fois dans la ville de Menilite en France, d’où elle tire son nom. » Peut-être en existe-t-il une mais je n’ai trouvé aucune ville de Menilite en France.

Par contre, en cherchant cette ville j’ai trouvé des renseignements sur l’opale ménilite. Cette opale a été ainsi nommée car elle fut identifiée et étudiée en détail pour la première fois à Ménilmontant, un quartier de Paris. Qu’est-ce que l’opale ménilite? Selon le Hudson Institute of Mineralogy1, il s’agit de concrétions d’opaline qu’on trouve dans les marnes, les gypses et les schistes. Elles sont parfois considérées comme une variété d’opale mais seraient en réalité de jeunes nodules de silex. Il s’agit d’une roche plutôt que d’un minéral.

N’ayant trouvé aucune mention de ménalite dans les ouvrages de référence traitant de géologie, minéralogie ou pétrographie, je me questionne donc sur l’origine de ce mot. S’agit-il d’une déformation du mot ménilite? Est-ce qu’il n’y a aucun rapport réel entre les deux? La question se pose. Je finirai bien par trouver…

pierres de fées
Ménalite? Opale ménilite? Aucune de ces propositions? Mystère…

Un bel exemple

La recherche effectuée pour documenter cet article constitue un bel exemple de la prudence qui s’impose lorsqu’on consulte des sources sur le web. Dans le cas présent, le nom géologique et l’origine du nom courant de cette pierre qui semblent erronés, en plus de son processus de formation qui diffère selon les sources. Ces erreurs et contradictions me semblent importantes. Par contre, pour certains autres renseignements, tels les innombrables propriétés, bienfaits et vertus que présentent ces pierre, vous n’avez qu’à taper « pierres de fées » sur votre moteur de recherche préféré pour les découvrir. Du traitement du cycle hormonal à celui des douleurs arthritiques, de la confiance en soi au contrôle de l’anxiété, de la sagesse à l’éloignement des mauvais esprits, ses limites seront celles de vos croyances.

Simplicité

Toutes ces heures passées à chercher sans véritablement trouver n’auront pas été vaines. J’ai lâché prise pour revenir à ce que j’avais de tangible devant moi, une jolie pierre formée par une succession d’événements. La somme de différentes interactions chimiques, biologiques et physiques, posée là devant moi, sous cette forme minérale. Pourquoi ne pas prendre le temps de la contempler et lui laisser sa part de mystère? C’est peut-être là sa vertu principale. Elle m’a captivé dès le premier coup d’oeil. La contempler, sous tous ses angles, m’a permis de décrocher du quotidien, de m’instruire, de voir sa beauté inédite et surtout, de m’approcher de la nature sous un angle différent pour le biologiste que je suis. Pas mal pour une toute petite pierre…

pierres de fées
Malgré mes recherches elle aura su garder ses mystères. Pourquoi alors ne pas se contenter de simplement l’admirer…
  1. Le site consulté et mis en lien dans le texte, https://www.mindat.org/min-9796.html , est géré par le Hudson Institute of Mineralogy. ↩︎

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Cet article a 6 commentaires

  1. Richard

    Fascinante cette chronique et plutôt inusitée la démarche entreprise pour cerner une vérité qui se dérobe encore. Je parie que tu auras beaucoup de suggestions d’autres pistes à explorer…
    J’ai sillonné la France profonde pendant des années sans jamais voir le moindre hameau du nom de Menilite. Et ce toponyme ne ressemble pas du tout à ce qu’on s’attend à y trouver. Mais Menil comme dans Ménilmontant, par contre, ça allume. Ce quartier de Paris a peut-être été un village distinct dans le passé, comme quelques autres, et c’est peut-être à celui-ci que se réfère ta source.
    Bravo, j’ai adoré.

    1. Yves

      Merci beaucoup Christiane! C’est effectivement à ce quartier de Paris que se réfère ce que j’ai trouvé. Je croyais que cet article serait vite rédigé mais c’est fou le nombre d’heures que j’ai passées à lire et chercher. Le monde minéral m’est beaucoup moins familier que celui de la biologie mais cet exercice m’a donné le goût de m’y intéresser davantage. Je te souhaite une bonne année 2025 et un bon lundi. 😘

  2. Ted

    Une autre piste à creuser, les gogottes. Sur la page wikipédia associée, on y voit une énorme concrétion calcaire exposée au musée de Toronto, dont la forme pourrait bien s’apparenter aux pierres des fées… à une toute autre échelle.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Gogotte

    1. Yves

      Merci beaucoup Ted. J’avais lu un peu sur les gogottes mais je les avais laissées de côté pour mon article car elles sont composées presqu’entièrement de silice SiO2 alors que les concrétions d’ici seraient composées de CACO3, calcaire contenant de la matière organique. Les gogottes sont vraiment spectaculaires par contre. Je ne connais pas de géologues mais si j’en croise un un jour je me promets bien d’en savoir davantage sur le sujet. Merci pour le lien et une bonne année 2025 à toi.👋🏻

  3. Eli Toussaint

    Merci pour cet article magnifique !
    Depuis toute petite, j’adore les pierres, petites ou grosses. Si on sait les observer, on apprend tant de choses. ❤️

    1. Yves

      Merci beaucoup Eli! Il en est de même pour moi, je n’ai pas perdu l’habitude depuis l’enfance de revenir d’une balade sur la grève avec deux ou trois roches dans les poches. Merci d’avoir lu mon article et de l’avoir commenté. À bientôt et bonne année 📷✨🐝🐞🐸🦅🌲🌾🌼🍷🍷👋🏻

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Mystérieuses pierres de fées

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