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Le printemps est enfin arrivé. Les journées s’allongent et la température devient de plus en plus agréable. Il subsiste ça et là des plaques de neige. Pourtant on peut déjà apercevoir entre celles-ci d’éclatantes petites taches jaunes qui illuminent autant le talus du fossé que l’orée du sous-bois. Souvent, vu de loin ou par un œil distrait, on pourrait croire qu’il s’agit de pissenlits mais il n’en est rien. Voici plutôt le tussilage farfara (Tussilago farfara), mieux connu sous le nom de tussilage pas d’âne. 

Fleurs de tussilage pas d'âne
Vu de loin, rapidement, on peut le prendre pour un pissenlit. Deux trucs rapides pour faire la différence : premièrement, le tussilage fleurit avant l’apparition de ses feuilles. Deuxièmement, le diamètre du tussilage est plus petit que celui du pissenlit moyen.
pissenlit officinal
Voici le pissenlit officinal : c’est vrai qu’au premier regard, le tussilage et lui se ressemblent. Remarquez ses feuilles, elles sont présentes avant que s’amorce la floraison.
tussilage pas d'âne, akènes à aigrettes
Même après la floraison, quand vient pour lui le temps de disséminer ses graines, le tussilage pas d’âne peut ressembler au pissenlit. Le tussilage arrive généralement à cette étape de son développement avant la floraison du pissenlit.
pissenlit officinal, akènes à aigrettes
Bien que la ressemblance soit indéniable, encore une fois en y regardant de près on voit la différence. La boule formée par les aigrettes est plus bombée et moins dense chez le pissenlit que celle du tussilage.

Une fleur qui en est plusieurs

Ce tussilage que nous appelons une fleur est en réalité un ensemble de fleurs. À prime abord, le tussilage semble composé de nombreux petits pétales jaunes. De près toutefois, on peut remarquer que ces pétales ressemblent davantage à de minuscules fleurs. Qu’en est-il exactement? Voici venu le moment de définir ici quelques termes de botanique qui reviennent souvent lorsqu’il est question de floraison. Question de ne pas trop s’égarer dans les méandres de la nomenclature, nous nous en tiendrons pour l’instant aux termes s’appliquant au tussilage, une fleur qui en est plusieurs.

tussilages pas d'âne, tussilago farfara
Combien de fleurs voyez-vous sur cette photo? Cinq? Ce n’est pas totalement faux mais ce n’est pas vrai. Il y a des centaines de fleurs sur cette seule photo.

La fleur

Trouver une définition simple, courte et précise de ce qu’est la fleur s’est avéré plus compliqué qu’on pourrait croire. C’est finalement dans la Flore printanière de Gisèle Lamoureux que j’ai trouvé celle-ci, « Partie de la plante qui regroupe les organes reproducteurs (pistil et étamines) et des enveloppes qui les protègent et favorisent la fécondation (calice et corolle) » 

liseron des champs, fleur
Un exemple de fleur avec pistil et étamines: le liseron des champs.

L’inflorescence

Une inflorescence, selon Marie-Victorin, c’est le «mode de groupement des fleurs sur une même plante ou ensemble des fleurs ainsi groupées». Le type d’inflorescence permet de connaître la famille d’une plante. Par exemple, une disposition des fleurs (inflorescence) en forme d’ombelle caractérise la famille des Apiacées, autrefois appelées ombellifères. 

apaisées, ombellifère, berce du Caucase
Inflorescence en forme d’ombelle, voici une ombellifère (Apiacées). Plutôt jolie mais dangereuse, qui s’y frotte s’y brûle, c’est la berce du Caucase.

Le capitule

Le capitule est un type d’inflorescence. Il se caractérise par de nombreuses et minuscules fleurs sessiles qui sont serrées ensemble sur un réceptacle commun. Une fleur sessile, c’est une fleur qui n’a pas de pédoncule. Le pédoncule, en botanique, est pour sa part l’axe qui porte une fleur ou un fruit. Le capitule a généralement la forme d’un disque. Cet agencement simule une seule fleur. Le capitule est un trait caractéristique de la famille des astéracées, aussi appelées composées. Selon Marie-Victorin, cette famille constitue à elle seule environ un huitième de la flore vasculaire nord-américaine. Voici quelques exemples de représentants bien connus de cette vaste famille: le tournesol, la marguerite, la rudbeckie, les asters, les bidents, les centaurées et, bien entendu, le tussilage.

Astéracée, salsifis des prés, composée
Chez cette plante on remarque le capitule sur lequel sont disposées les nombreuses fleurs tubulaires au centre et celles en forme de ligule au pourtour. Voici le salsifis des prés. Son inflorescence montée sur un capitule nous permet de la classer dans la famille des composées (Astéracées)

Le portrait du tussilage

Maintenant que nous connaissons un peu mieux les composantes qui le caractérisent, dressons le portrait du tussilage. Ce que nous voyons et appelons fleur est en réalité une inflorescence. Elle se présente ici sous la forme d’un disque jaune nommé capitule. Ce capitule nous permet de classer notre plante dans la famille des astéracées, aussi appelée composées. Regardons de près sur le capitule. Au besoin, utilisons une loupe. Deux types de minuscules fleurs occupent le capitule : on les appelle aussi fleurons. Au centre, les fleurs sont de forme tubulaire et s’ouvrent en forme d’étoile dans leur partie supérieure, ces fleurs sont fertiles. En périphérie, les petites languettes étroites (ligules) qu’on peut observer sont un autre type de fleurs qui, pour leur part, sont stériles. Mentionnons enfin que le tussilage pas d’âne fleurit avant l’apparition de ses feuilles ce qui en fait une plante prothérante comme le chou puant.

tussilage pas d'âne, capitule
Sur le capitule de ce tussilage, on discerne bien les deux types de minuscules fleurs aussi appelées fleurons. Au centre, elles sont tubulaires et forment de jolies étoiles lorsqu’elles s’ouvrent, on dit qu’elles sont tubulées. Autour de celles-ci sont disposées les autres fleurs en forme de ligules qu’on désigne par fleurs ligulées. Ce sont celles-ci que nous confondons souvent avec des pétales. Ainsi lorsqu’on effeuille une marguerite, qui fait aussi partie de la famille des composées, pour savoir si nous sommes aimés ou pas, ce ne sont pas des pétales qu’on enlève un à un mais bien des fleurs ligulées.

De plante utile à mauvaise herbe

Louis Nicolas, un jésuite et naturaliste ayant séjourné en Nouvelle-France de 1664 à 1675, y avait noté la présence du tussilage pas d’âne. Cette plante faisait partie de plusieurs espèces médicinales ayant été transportées d’Europe auparavant, afin d’être cultivées dans les jardins des communautés religieuses. Le tussilage était recommandé par les Anciens pour le traitement de la toux. Son nom générique d’ailleurs viendrait du latin tussis (toux) et agere (chasser). De la forme de sa feuille, qui évoque la trace du sabot de l’âne, lui vient la deuxième partie de son nom. Il semble que cette feuille ornait parfois l’enseigne des apothicaires. Le statut du tussilage a bien changé depuis et cette belle du printemps, jadis utile et recherchée, est désormais généralement considérée comme une mauvaise herbe. Par exemple, selon la Loi sur la destruction des mauvaises herbes de l’Ontarioelle possède le statut de nuisible.

feuille de tussilage pas d'âne, couleur automne
La feuille, qu’on voit ici dans ses tardives couleurs d’automne, évoque la forme du sabot de l’âne, d’où le nom de tussilage pas d’âne.

Fleur ou pas?

Doit-on pour autant appeler désormais inflorescence toutes ces plantes composées que nous appelons généralement fleurs? La réponse est non, à moins peut-être de se retrouver en plein colloque d’experts en botanique. Sinon, imaginons un peu la perte de spontanéité de devoir examiner une plante avant de statuer. Voici ce qu’en disait le regretté jardinier paresseux, Larry Hodgson, «Théoriquement, on ne devrait pas dire  »fleur » en faisant référence à une Astéracée, mais toujours utiliser les termes inflorescence ou capitule, mais je dois faire mon mea culpa à ce sujet! Je brise cette règle régulièrement et d’ailleurs volontairement: il est trop facile d’appeler fleur ce qui ressemble à une fleur et je le fais quand je n’ai aucune raison spécifique de faire une distinction. Vous me pardonnerez cette lacune!»

Donc!

Donc, lors de votre prochaine balade en nature, ralentissez le pas ou, encore mieux, arrêtez-vous. Prenez le temps de vous laisser éblouir par les constellations de petits soleils jaunes qui ponctuent le sol dénudé. Célébrez le retour de la couleur après la longue et blanche saison qui graduellement s’efface. Oubliez fleurs, inflorescences, capitules et pédoncules et laissez-vous simplement charmer par le tussilage pas d’âne.

tussilage pas d'âne
Il pousse aussi bien en milieu sec qu’humide. Il a commencé sa floraison, c’est le temps d’aller vous promener pour l’apercevoir. Qu’il soit fleur ou inflorescence, laissez-vous aller à simplement le contempler.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Fleet Audrey

    De la poésie, une source d’informations intéressantes ravivent notre intérêt à vous lire Yves!

    1. Yves

      Merci beaucoup à vous Audrey vos commentaires sont très appréciés. Ça m’encourage toujours à poursuivre dans cette voie. Bonne journée et à la prochaine.

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Le tussilage pas d’âne

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