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Nous y voilà!

Nous y voilà! C’est l’équinoxe de printemps. C’est enfin le début de cette saison, tant attendue, par la plupart des gens. Au fil des ans, de tardif à hâtif, le printemps se présente différemment et son arrivée ne garantit aucunement la disparition immédiate de l’hiver. Au début les changements sont subtils, voire imperceptibles. Peu à peu toutefois, la saison s’installe, amenant avec elle son lot de merveilles.

Soleil de mars

C’est assis au soleil de mars, entre deux bancs de neige, bien abrité du vent, que m’est venue l’idée d’écrire cet article. Installé pour lire, en profitant d’un redoux de l’hiver agonisant, j’écoutais fondre la neige. Oui, on peut entendre fondre la neige! Par exemple, lorsqu’elle ruisselle sur la toiture de la maison pour s’écouler dans la gouttière. On peut aussi l’entendre lorsque, perdant prise sous l’effet de la chaleur, elle se détache et s’écroule en micro-avalanches du flanc d’une congère. Le bruit est bref et subtil, aussi faut-il tendre l’oreille. Il évoque le son d’une poignée de riz qu’on laisse tomber dans une casserole d’eau bouillante.

Une lutte à finir

Au début, donc, la nature est encore hésitante. C’est une lutte à finir entre deux saisons. La fonte s’installe dans les zones ensoleillées et le gel s’accroche à la moindre parcelle d’ombre. Dans la neige moribonde, la végétation captive et desséchée, vestige de l’année précédente, capte la lumière du soleil et se réchauffe. Ils se crée alors autour d’elle des microclimats où s’accentue la fonte. Au ruisseau, l’eau hésite entre glace et liquide. Elle s’écoulera, avant longtemps, en un bouillonnant torrent. Sur la grève du fleuve, la banquise se morcelle, les glaces larguent les amarres pour aller naviguer vers le large, et pour aller se fondre dans le paysage.

Micro-climat autour d'une plante enneigée
Par sa couleur plus foncée que la neige, cette plante a capté la lumière. La chaleur qu’elle a dégagée par la suite a fait fondre la neige,
créant un micro-climat tout autour.
L'eau sous forme de glace ou de liquide
Au ruisseau, l’eau hésite entre glace et liquide.
Torrent et cascade sur la rivière Bras-Saint-Nicolas
La fonte de la neige, au début timide ruissellement,
se change graduellement en rigoles et ruisseaux,
puis atteint la rivière pour se changer en torrent.
Glace échouée sur la rive
Ce n’est pas un éléphant de mer albinos, mais bien une glace s’accrochant encore à un cran rocheux. Elle partira à la prochaine marée pour aller fondre au large.

La saison des retours

Pour ma part, la meilleure expression pour décrire le printemps serait la saison des retours. L’hiver qui s’épuise et la neige qui s’amenuise donnent le ton. Sur le bord du fleuve, avec le retrait des glaces, peu à peu l’estran et ses marelles apparaissent, annonçant le retour imminent des bernaches et autres oiseaux de rivage. En forêt, c’est l’apparition des mousses et lichens, bientôt suivie du retour des fleurs printanières les plus hâtives. Dès la fin mars, sur les saules, à défaut de miauler, les chatons scintillent littéralement sur les branches. L’œil attentif peut déjà apercevoir quelques insectes marchant sur la neige ou volant près du sol. 

bernaches au repos
Le repos des mousquetaires. À marée haute, sur les glaces restantes, ces bernaches se reposent en se faisant chauffer au soleil.
Une espèce de lichen, la cladonie
Une talle de cladonies, (un lichen), qui attendaient patiemment lumière et chaleur sous la neige.
chatons de saule
Sur les branches du saule, les chatons s’illuminent.
plécoptère aussi appelé perle
Sur la neige, un plécoptère explore son territoire. On appelle également les insectes faisant partie de cet ordre des perles.

En avril 

Ne te découvre pas d’un fil

Qui n’a pas déjà entendu le vieux dicton «en avril ne te découvre pas d’un fil»? La nature, pour sa part, semble peu s’en soucier. Avril marque le retour de plusieurs plantes dont le vert émerge ici et là du tapis de feuilles mortes couvrant le sol. Le vérâtre vert et les crosses des fougères sont les vedettes du moment. Très vite, ils sont rejoints par le cortège des fleurs hâtives. Du rouge du symplocarpe chou puant au jaune étincelant du tussilage pas d’âne, en passant par le blanc des abondantes fleurs d’amélanchiers, la nature célèbre le retour de la couleur. Près des maisons, les éclatants crocus sont visités par les abeilles sauvages qui viennent tout juste de sortir du sol.

Papillon d’avril

Il m’est arrivé en avril d’observer un joli papillon, un morio, se chauffer sur un rocher alors que le sous-bois tout autour était encore enneigé. Le mois avance et les mammifères ne sont pas en reste. La marmotte, sortie de son hibernation, se chauffe au soleil. Un renard à l’air hagard, encore un peu affamé par l’hiver, rôde dans le sous-bois en quête d’un repas. Avril marque aussi le retour de plusieurs espèces d’oiseaux. En plus des bernaches dont les V sillonnent bruyamment le ciel, celui qu’il me tarde toujours de voir apparaître est le petit bruant chanteur. Il arrive vers la mi-avril et dès lors, son chant puissant et mélodieux résonne à l’oreille comme un hymne à la joie.

Vérâtre vert
Très tôt au printemps le vératre vert (Veratrum viride) apparaît en perçant ou déplaçant tout ce qui se trouve sur son chemin.
crosse d'osmonde cannelle
Une de nos plus belles crosses de fougère, celle de l’osmonde cannelle (Osmunda cinnamomea). Elle n’est pas comestible toutefois.
symplocarpe chou-piant
Le symplocarpe chou-puant (Symplocarpus foetidus), dont la floraison apparait parfois au travers de la neige pour laisser place par la suite à un feuillage de forte dimension.
tussilage pas d'âne
Après le chou-puant, probablement la plus précoce fleur de notre région, le tussilage pas d’âne (Tussilago Carrara).
amélanchier en floraison
Près du fleuve Saint-Laurent, un amélanchier dont l’abondante floraison nous promet de délicieux fruits.
papillon morio
À ma grande surprise, j’ai observé ce morio en avril, près du fleuve à Cap-Saint-Ignace.
renard
Après les rigueurs de l’hiver, même le renard semble apprécier les rayons du soleil.
bruant chanteur
Le retour que j’attends toujours impatiemment, celui du bruant chanteur. Tant qu’il n’est pas arrivé, il me semble que ce n’est pas encore tout-à-fait le printemps.

Mai

«Au mois de mai. À marée basse. Voilà les oies» chantait Félix Leclerc. Chaque année les oies des neiges, ces grandes migratrices, nous offrent le grandiose spectacle de leur retour. Parties de leurs quartiers d’hiver, sur les côtes américaines, elles s’arrêtent ici quelques semaines, le temps de refaire le plein. Mai, c’est le mois où s’éclate la nature: les trilles, érythrones d’Amérique, sanguinaires du Canada, violettes, populages des marais, clintonie boréale pour ne nommer que ces espèces, abondent et colorent le sol du sous-bois. Au-dessus de ces merveilles, les arbres ne chôment pas et les feuilles s’ouvrent rapidement, le vert s’installe en forêt. Ailleurs, champs et terrains vagues se couvrent de pissenlits, on les croirait couverts de milliers de petits soleils. Avec un peu de chance, sur une rive ou au détour d’un buisson, vous apercevrez peut-être la paruline jaune. Ce petit oiseau, c’est la quintessence du jaune.

oies des neiges
Au mois de mai, voilà les oies.
trille rouge
Le trille rouge (Trillium erectum) photographié en effet de contre-jour.
populage des marais
Le populage des marais (Caltha palustris) dont le jaune vif illumine le plus sombre des ruisseaux de sous-bois.
scène de printemps
Voici venir le vert…
champ de pissenlits
Un champ étoilé de pissenlits
Pauline jaune
La quintessence du jaune.

Juin

«Depuis des siècles, au mois de juin, parties les oies» poursuivait Félix. Début juin, nos oies des neiges s’envolent un bon matin, vers la Terre de Baffin. Elles vont y nicher tout l’été, avant de repasser ici en automne. Juin, vers la fin de sa troisième semaine, marquera la fin du printemps. Ce dernier, avant de s’esquiver, aura toutefois le temps de laisser s’exprimer de remarquables floraisons. Le cypripède acaule, ou sabot de la vierge, cette rose orchidée du Nord, couvre les sous-bois au sol acide. Avec un peu de chance on pourra apercevoir son jaune cousin, le cypripède soulier. En se penchant un peu on pourra découvrir, bien caché sous ses feuilles, l’inflorescence unique en son genre de l’arisème petit-prêcheur. Cette liste florale pourrait être bien longue mais les espèces nommées précédemment valent déjà à elles seules bien des sorties printanières.

sabot de la vierge
Cypripède accaule ou sabot de la vierge ( Cypripedium accaule).
cypripède soulier
Le cypripède soulier (Cypripedium parvoriflorum var. pubescens).
cypripède à pétale plat
Le cypripède jaune à pétale plat (Cyrpripedium calceolus L.var.planipetalum) qu’on peut observer en juin en Minganie.
arisée petit-prêcheur
L’arisème petit-prêcheur (Arisaema triphyllum).

L’équinoxe de printemps 2023

Cette année il arrive le 20 mars. Je me souviens, il y a quelques années à peine, la croyance populaire voulait que nos quatre saisons débutent toujours à pareille date, soit le 21 du mois concerné. Pourquoi est-ce différent maintenant? Ça ne l’est pas, c’est que nous sommes simplement mieux informés. Mais pourquoi n’arrive-t-il pas justement à date fixe? La réponse simplifiée, selon le site web Futura Sciences, c’est que l’orbite de la terre autour du soleil n’est pas parfaitement circulaire. Par conséquent, la longueur des saisons ne peut donc être exactement identique, d’où la légère variation d’heure ou de date d’une année à l’autre. Quoiqu’il en soit, cette journée toujours un peu excitante constitue le coup d’envoi du printemps. 

Souvenir de mon enfance

C’est le moment de l’année où il me revient souvent à la mémoire un souvenir de mon enfance, soit la chanson thème qui ouvrait l’émission radiophonique «Le réveil rural» qu’écoutait ma mère, sur Radio-Canada. Bien qu’elle jouait chaque matin, en toutes saisons, cette chanson évoquait toujours pour moi le printemps. Je vous propose de nous quitter sur les premières lignes de cette oeuvre, écrite par Alfred DesRochers et mise en musique par Oscar O’Brien en 1937. «C’est le réveil de la nature. Tout va revivre au grand soleil. Oh! La minute libre et pure. De la campagne à son réveil»

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Cet article a 8 commentaires

  1. Juliette

    Wow bel article qui donne hâte au printemps 😃

    1. Yves

      Merci beaucoup Juliette 🙏🏼🙏🏼🙏🏼 Je te souhaite un merveilleux printemps 🌞😘

  2. Lorraine.

    Que c’est agréable de lire ces articles., Ça nous réchauffe le coeur et de l’espoir pour les mois à venir. Merci beaucoup à Yves de nous permettre de le lire. Beaucoup de chaleur et de bonheur à tous.

    1. Yves

      Merci beaucoup Lorraine. J’éprouve énormément de plaisir à écrire ces articles. Je fonctionne généralement à l’envers, au lieu d’imaginer un article et de faire les photos qui l’accompagnent, je fais des photos, au hasard des rencontres, et en les regardant je me dis « tiens je pourrais écrire quelque chose là-dessus ». Je te souhaite un bon printemps chère amie. 🌞🌱🌿👋🏻

  3. Eli

    ❤️❤️❤️ merci

    1. Yves

      Tout le plaisir est pour moi Eli 😊 Merci à toi, je te souhaite un merveilleux printemps 🌞🌱🌿🌼👋🏻

  4. Armand Robitaille

    Du très beau texte et bien sûr de très belles images. On en apprend beaucoup

    1. Yves

      Merci beaucoup Armand, c’est très apprécié 🙏🏼 . Je te souhaite un magnifique printemps.

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