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L’amélanche

L’amélanche! Produit de l’amélanchier, il est étrange que ce fruit délicieux, pourtant abondant en nature, soit plutôt méconnu ici au Québec. Bien que son goût rappelle celui du bleuet, avec une petite touche particulière, l’amélanche n’a rien à voir avec ce dernier. Le bleuet fait partie de la famille des éricacées, c’est-à-dire la même famille que le thé du labrador ou le rhododendron, tandis que l’amélanchier fait partie des rosacées, qui comprend près 5000 espèces. Celles-ci se présentent sous des formes aussi variées que des plantes herbacées comme le fraisier, des arbustes comme le rosier ou le framboisier et des arbres comme le pommier. Les botanistes ne s’entendent pas toujours sur le nombre d’espèces, il y en aurait entre vingt et trente, dont la grande majorité sont originaires de l’Amérique du Nord. Cette mésentente découle du fait que les espèces d’amélanchiers s’hybrident très facilement entre elles et qu’il devient parfois difficile de déterminer qui est qui avec exactitude.

Une beauté printanière

Si vous vous promenez près des rivages ou dans les lisières de forêts tôt au printemps et que vous apercevez une abondante et étincelante floraison blanche sur de petits arbres ou arbrisseaux dont le feuillage n’est pas encore déroulé, il y a de fortes chances que ce soient des amélanchiers. Approchez-vous pour regarder de près. S’approcher des fleurs et prendre le temps de les regarder, c’est découvrir un monde de formes et de nuances. Ce sont des cloches, des soleils, de petits bols, des boules, des cornets, des formes symétriques ou irrégulières, parfois même des formes animales, en fait la seule limite est l’imagination. Dans le cas de l’amélanchier, ce sont des constellations d’étoiles formées par les cinq pétales immaculés de chaque fleur. Au centre de chaque étoile, les étamines dressées évoquent de minuscules feux d’artifices. Marie-Victorin dans la Flore Laurentienne écrivait : « Les amélanchiers mériteraient d’être cultivés en haies, à cause de leur beauté au moment de la floraison…». Cette fleur ne se contentera pas toutefois d’être une beauté printanière, elle deviendra en juillet un fruit délicieux. 

Amélanchiers en fleurs, tôt au printemps.
Tôt au printemps, au fond d’un champ ou près d’un fossé, une abondante floraison blanche capte votre attention. Il y a de fortes chances qu’il s’agisse d’amélanchiers en fleurs.
Fleurs d'amélanchiers
Approchez-vous et admirez les constellations d’étoiles blanches,
vous ne serez pas déçus.

Emblème fruitier

Il est intéressant de constater que la connaissance et la culture de ce fruit diffèrent selon que nous vivions au Québec ou dans les provinces de l’ouest canadien où il est appelé Saskatoon berry. Au Québec, c’est le bleuet qui est roi et l’amélanche est plutôt méconnu, sa cueillette et sa culture demeurant marginales. Il en va autrement dans les provinces de l’ouest canadien. En Saskatchewan par exemple, où ce fruit est l’emblème fruitier de la province, la culture du « saskatoon berry » domine les autres types de cultures fruitières avec une surface estimée à 1 100 acres. Cette province compte d’ailleurs plus de 28% des vergers d’amélanches du Canada et 34% de la surface de culture de ce fruit. Le nom donné au fruit, au Canada anglais, dérive apparemment du mot cri « misâskwatômina » qui signifie « fruit de l’arbre aux nombreuses branches » et c’est de lui que provient d’ailleurs le nom de la ville de Saskatoon. 

Amélanchier près du fleuve Saint-Laurent
On voit bien ici ce que signifie ici « l’arbre aux nombreuses branches ». C’est d’ailleurs sous cette forme qu’on rencontre souvent l’amélanchier en nature, comme celui-ci sur la rive du fleuve Saint-Laurent à Lévis.
Amélanchiers , arbre.
Généralement observé sous forme de gros arbuste ou d’arbrisseaux groupés en talles, l’amélanchier peut atteindre la taille d’un bel arbre comme celui-ci situé en façade d’une maison dans le Vieux-Lévis.

Un délice

Bien qu’il s’apprête à toutes les sauces, l’amélanche se cueille et se mange tel quel, c’est ainsi que je le préfère. Tel que mentionné précédemment, son goût évoque celui du bleuet en plus sucré, ou du bleuet avec une touche d’amande pour certains, ou même de bleuets et pommes pour d’autres. Au Québec, on le trouve très rarement offert sous sa forme originale, privant le consommateur d’un délice certain. Une brève recherche en ligne m’a permis de constater qu’il est par contre présent dans beaucoup de produits transformés. Cidre pétillant, confiture, barre de chocolat, bière, sirop, gelée, muffins, vinaigre de cidre, sauce, kombucha, moutarde, compote et chutney ne sont que quelques produits fabriqués ou cuisinés contenant de l’amélanche. Il est même utilisé dans la confection d’un savon en barre.

Amélanches
Bien qu’il soit surtout utilisé ici au Québec dans la confection de mets, condiments ou boissons diverses, c’est le croquer nature que je préfère.

Un fruit porteur d’espoir

L’amélanche n’est pas que délicieux. Il contient des polyphénols, entre autres des anthocyanes, ces derniers étant les pigments procurant au fruit sa couleur. Ceux-ci possèdent un puissant pouvoir antioxydant. La quantité d’antioxydants présente dans l’amélanche est d’ailleurs aussi élevée que celle du bleuet. Pas étonnant que ce fruit fasse présentement l’objet de nombreuses recherches. Selon un article de synthèse publié en 2020 dans le Journal of Diabetes Research, ces études démontrent que les anthocyanes, les proanthocyanidines, les flavonols, les acides phénoliques et d’autres composés phénoliques possèdent de nombreuses fonctions protectrices leur permettant de jouer des rôles d’antioxydant, d’antiradicalaire, voir potentiellement des rôles anti-cancérigène, anti-inflammatoire, antidiabétique, de protection des vaisseaux et de neuroprotection.

Amélanches
Ce sont les anthocyanes, des pigments, qui procurent au fruit sa couleur.
Les anthocyanes et plusieurs autres substances et composés présents dans l’amélanche lui confèrent ses puissantes propriétés anti-oxydantes.

Le roman

Si la culture de l’amélanchier demeure marginale au Québec, il occupe toutefois une place de choix dans sa culture littéraire. En 1970, Jacques Ferron publiait aux Éditions du jour le roman L’amélanchier. Ce roman, pouvant tout aussi bien être qualifié de récit, de conte ou de fable, raconte l’histoire de l’enfance de Tinamer de Portanqueu. Cette fillette au tempérament fantasque, encouragée par un père ne l’étant pas moins, vit dans un univers particulier partagé entre le bien et le mal. Comment ne pas tomber amoureux de ce récit où Ferron joue des mots comme des situations. Par exemple, avoir une mère nommée Etna suite à une mémorable et volcanique colère. Ou encore, éprouver de la fierté pendant longtemps à l’idée que son père Léon soit un voleur de banques. Rêver d’une terre promise, le comté de Maskinongé, situé au-delà de la mer des Tranquillités (le lac Saint-Pierre). Habiter près d’un sous-bois, qualifié de maringouinière, pendant la période où la présence de notre maringouin national prive de toute zénitude la fréquentation de la nature. Voir dans la floraison de l’amélanchier une grande girandole. Voilà un bref aperçu de l’univers contenu dans L’amélanchier, roman que j’ai redécouvert cet été tout en dégustant les amélanches provenant du nôtre.

Amélanches et le roman l'Amélanchier.
Quel plaisir de revisiter ce roman de Jacques Ferron. Une belle lecture d’été que j’ai doublement appréciée.
Petite note d’histoire en passant, Jacques Ferron est le fondateur du Parti Rhinocéros du Canada.
Ce parti politique canadien qui a existé de 1963 à 1993 était voué à la satyre de la politique conventionnelle.

À propos du maringouin

Saviez-vous que le nom de notre maringouin, qui est en fait un moustique, proviendrait de langues tribales brésiliennes, celles des Tupis et des Guaranis? Le mot mbarigui serait devenu maringouin en français et se serait par la suite répandu en Nouvelle-France par l’entremise de marins qui auraient participé à des explorations commerciales au Brésil et dans les Antilles. Pour ceux qui aimeraient en savoir un peu plus, il y a un article très intéressant sur le sujet, intitulé « Pourquoi, au Québec, les moustiques s’appellent-ils des maringouins? » publié sur la page Maudits Français, un site d’actualité pour les français et francophiles résidant à Montréal.

À propos de l’amélanchier

Nous avons, depuis trois ans, un amélanchier sur notre terrain. Le plan nous avait été donné par une connaissance qui réaménageait sa cour. L’année dernière, sa première floraison chez nous n’avait rien de comparable à la girandole décrite dans le roman de Ferron. Il produisit tout de même deux ou trois petites grappes d’amélanches du haut de ses soixante centimètres et de ses maigres tiges. Nous avions bien hâte d’y goûter mais hélas, la journée même ou nous devions les cueillir, nous fûmes battus de vitesse par une volée de quiscales bronzés. Déception! On ne m’y reprendrait pas. Cette année notre amélanchier est devenu un arbuste vigoureux, faisant plus d’un mètre de hauteur, dont la floraison a enjolivé notre cour tôt ce printemps. Une fois disparue la constellation d’étoiles blanches, en mai, les fruits commencèrent à se former et à grossir peu à peu tout au long de juin. En juillet, tel un visage soumis à l’émotion, elles s’empourprèrent rapidement. L’avenir était prometteur.

Les oiseaux

Mi-juillet, les fruits approchaient de la maturité. Quatre piquets et un filet plus tard, j’avais érigé une cage protectrice; cette année nous goûterions aux amélanches. Grand bien m’en prit puisque deux jours plus tard arrivèrent, par groupes animés et bruyants, les quiscales et étourneaux. Rien de comparable aux oiseaux de Hitchcock, bien sûr, mais ils étaient là. Grâce au filet, cette année nous pûmes toutefois nous délecter à leur place de nos amélanches tant convoitées. Ceux qui me connaissent savent que j’aime beaucoup les oiseaux. Il y a tout de même des limites à l’altruisme, cette récolte était pour nous.

J’aime beaucoup les oiseaux je le répète, alors quand notre amélanchier sera devenu mature et que sa hauteur sera celle de notre toiture, je leur laisserai les fruits du haut je le promets. D’ici-là, j’espère que cet article aura suscité votre curiosité et vous donnera envie de goûter à ce fruit non défendu.

Amélanches! Un délice.
Cette année c’est nous qui avons bénéficié de la récolte. C’était délicieux!

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Cet article a 8 commentaires

  1. Michel Richard

    Yves, faut respecter la « hiérarchie » alimentaire, sinon tu n’auras plus le droit de manger canards, perdrix, oies et autres poules.
    L’oiseau mange l’amelanche. L’homme et sa fiancée mangent l’oiseau, pas l’amelanche. Et les GAFAM mangent l’homme et sa fiancée.
    N’empêche, ton article donne le goût de se crisser un peu des pit-pits et de se régaler à même l’amelanchier.

    1. Yves

      C’est un peu ce que j’ai fait cette année. Quand il y en aura suffisamment pour eux-moi je serai plus conciliant.Bonne fin de journée et merci de ton commentaire.

  2. Marie-France Richard

    Tellement un plaisir de te lire Yves…en plus de tout ce que tu nous apprends…et je confirme que l’amélanche c’est très bon j’y ai goûté nature dans son entièreté il n’y a pas longtemps.

    1. Yves

      Merci beaucoup pour ton commentaire Marie-France. Content que la lecture et le fruit t’aient plu. Bonne fin d’après-midi.

  3. Lina Leblanc

    J’aimerais aussi avoir cette arbuste plein de promesse dans ma cour. Je serai attentive au printemps lors de mes prochaines promenades.
    Crois-tu que dans le coin de Baie Comeau l’amelenchier pousse?

    1. Yves

      On peut le bouturer je crois, je pourrais t’en essayer une branche, je dois en couper quelques une éventuellement. Pour répondre à ta question, oui l’amélanchier pousse à Baie-Comeau, je crois qu’il y est même assez abondant. Bonne fin de journée à toi et merci pour ton commentaire.

  4. Lina Leblanc

    Je sais Yves qu’on écrit amelanchier.

    1. Yves

      Il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne font pas d’erreur ce qui est en soi une grave erreur.

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