Depuis plusieurs semaines l’automne s’est installé. Octobre et ses couleurs éclatantes sont loin derrière nous. Les journées anormalement chaudes que nous avons connues, encore cette année, se sont espacées. De plus en plus, la nuit empiète sur le jour. Tombées les feuilles, fanées les fleurs, partis les oiseaux, discrets les animaux. L’hiver commence déjà à titiller ses amoureux et rebuter ses détracteurs. Nous voici fin novembre, ce mois mal-aimé, presque damné, pendant lequel beaucoup d’entre nous se sentent envahis par une certaine morosité et un manque d’énergie. Pourquoi donc en est-il ainsi? Est-ce une illusion passagère ou sommes nous vraiment déprimés?
Deux types de déprime peuvent nous affecter en automne. La forme la plus légère, la déprime saisonnière, qu’on appelle aussi parfois le blues de l’hiver, toucherait de 10 à 20% de la population. Une forme plus sévère affecte, pour sa part, de 2 à 3% de la population canadienne. Il s’agit du trouble affectif saisonnier (TAS)1 qui est en réalité un sous-type de dépression.

La déprime saisonnière
La déprime saisonnière serait simplement due, selon la Société canadienne de psychologie2, à la diminution des activités de plein air et des passe-temps habituels en raison de la météo. On peut probablement, en y pensant bien, ajouter certains facteurs culturels tel la notion de mois des morts dont la religion catholique affuble novembre. De plus, il est fréquent d’entendre dans les médias et dans les conversations de tous les jours des propos peu motivants en ce qui concerne les conditions météorologiques. Mois des morts, retour à l’heure normale qui nous fait perdre une heure de clarté du jour au lendemain, arrivée du gel et de la neige qui interdisent désormais toute activité estivale, plaintes et complaintes diverses, voici un cocktail parfait de facteurs qui affectent l’humeur.
Le trouble affectif saisonnier
La recherche a permis d’identifier dans les années 80 une forme plus sévère appelée trouble affectif saisonnier (TAS). Cette forme de dépression saisonnière toucherait de 2 à 3% des canadiens. Selon Hébert et al. 2010 3, sa prévalence augmente chez les populations plus nordiques. Ainsi, le TAS toucherait 9,7% de la population en Alaska. Comment différencier une simple déprime saisonnière d’un trouble affectif saisonnier? Selon les mêmes auteurs, quatre critères doivent être réunis pour diagnostiquer le TAS. Le premier critère est la corrélation entre l’apparition de l’état dépressif avec le moment de l’année. En second lieu, la rémission complète et saisonnière entre les épisodes dépressifs. Troisièmement, avoir eu au moins deux épisodes dépressifs majeurs pendant les deux années précédentes. Finalement, le quatrième critère est l’absence de corrélation entre les épisodes dépressifs et d’autres facteurs de stress saisonniers comme une perte d’emploi saisonnière.
Principal suspect, la baisse de luminosité
Comment expliquer la morosité et la fatigue qui accompagnent, chez plusieurs personnes, la venue de l’automne? Dès l’arrivée de l’équinoxe d’automne, les jours commencent à raccourcir. Au début cette diminution est peu perceptible, le ratio jour-nuit étant égal ce ne sont pas quatre minutes par jour qui font une grande différence. À mesure que l’automne progresse, toutefois, l’addition des minutes nocturnes commence à paraître. Avec l’arrivée de novembre, un grand coup de grâce nous est porté: le retour à l’heure normale. Paf! Il fait noir une heure plus tôt le soir et ce, du jour au lendemain. Ainsi, à partir de ce moment de l’année et pour les quelques mois suivants, ceux qui doivent partir tôt pour éviter les bouchons de circulation vont et reviennent de travailler à la noirceur. Par conséquent le principal coupable, la baisse de luminosité, est l’élément déclencheur de ce qui suit.
Hormones et horloge biologique
Selon Thininane Ould Younes (2025)4, le manque de lumière saisonnier perturbe notre rythme circadien et certaines de nos hormones, ce qui expliquerait la fatigue accrue et les troubles de l’humeur pendant cette période. Les principales hormones cérébrales touchées par la baisse de luminosité sont la mélatonine et la sérotonine.
Le rythme circadien
La définition du rythme circadien, selon la Commission de la santé mentale du Canada5, est «…un processus interne qui régule le cycle veille-sommeil et se répète approximativement toutes les 24 heures. Il est parfois appelé «horloge biologique». Ce rythme est influencé par des signaux externes tels que la lumière du soleil et la température, qui contribuent à le synchroniser avec le cycle jour-nuit. La recherche sur les rythmes circadiens a révélé leur importance non seulement dans la régulation du sommeil, mais aussi dans des aspects plus généraux de la santé, notamment l’humeur, les fonctions cognitives et la réponse immunitaire.»
La mélatonine
Cette hormone est responsable du sommeil. Elle est produite en période nocturne, donc en plus grande quantité pendant la fin de l’automne et en hiver, d’où l’hypothèse que la durée plus longue de sa production en hiver entraînerait un état dépressif.
La sérotonine
La sérotonine est reconnue pour jouer un rôle important dans la régulation de l’humeur. Selon Rosenthal et al., 19846, une carence en sérotonine est souvent liée à la dépression. Un lien direct a d’ailleurs pu être établi entre la lumière et ce neurotransmetteur. Lambert et al. (2002)7 ont démontré que la sérotonine est plus abondante dans le cerveau pendant les jours ensoleillés que pendant les jours sombres.
Mes novembres
Assez parlé des côtés sombres de novembre et de ses effets psychologiques. Si le sujet vous intéresse et que vous désirez faire la lumière sur les effets du… manque de lumière, je vous suggère quelques lectures en références à la fin de cet article. Pour ma part, je désire vous parler de mes novembres et surtout vous les montrer. J’espère qu’ils sauront vous inspirer et peut-être vous donner envie d’aller vous balader en nature où, par conséquent, vous serez exposés à davantage de lumière (tiens donc!).

L’aborder autrement
À condition de l’aborder autrement, novembre est un mois des plus intéressants. La canopée dégarnie laisse désormais passer les rayons du soleil. La lumière est de retour dans la forêt. Les feuilles qui, il y a quelques jours à peine, masquaient le ciel et le sous-bois couvrent maintenant le sol. Elles y forment un moelleux tapis sur lequel il fait bon marcher. Ce dénuement nouveau nous permet d’observer mille détails. Partout où se pose le regard il y a des formes, des textures et des couleurs qui ne demandent qu’à être contemplées.


Tant d’histoires
Une feuille fanée, accrochée à sa branche, refuse de tomber. Contre vent et pluie elle défie les probabilités et la gravité, restant là, suspendue au-dessus de ses sœurs qui jonchent le sol. Une autre a terminé sa course dans une légère dépression inondée. Elle est pour le moment prisonnière de la glace.


Tous les scénarios possibles
Ailleurs, au milieu des épines d’une vieille aubépine, voyez ce nid abandonné. Observez les détails de sa construction. Imaginez ses petits habitants le construisant, s’y reproduisant, y couvant leurs œufs, y élevant leur nichée. Recréez dans votre esprit tout ce qui suit l’éclosion; les vols des parents en quête de pitance, les becquées, les premiers vols, l’abandon du nid et le départ pour la migration automnale. Il ne reste de tout cela que ce nid ingénieusement construit, vestige d’une saison fort occupée. Imaginez tous les scénarios possibles sur la simple histoire de ce nid.

Un mois de contraste
Novembre est un mois de contrastes. Ce sont les sculptures de glace du petit-matin qui disparaissent dès que s’élève le soleil. C’est une plante tardive dont les couleurs tranchent sur le brun de la litière desséchée. Regardez par-là l’éclat d’un champignon sur une souche. Voyez par-ici les petits fruits suspendus à leur tige. C’est une journée douce où le soleil réchauffe encore suffisamment le sous-bois pour permettre le vol d’un papillon. Le lendemain, une couche de neige peut couvrir le sol.

















Tranquilles pour quelques mois
Il fait si bon marcher en novembre sur les sentiers abrités ou sur la grève plus exposée, où chandail et tuque sont les bienvenus. C’est que le vent est désormais plus frais. N’est-elle pas agréable cette fraîcheur? Quel plaisir de pouvoir ralentir et flâner sans être attaqué par un escadron de moucherons ou d’insectes piqueurs. Les maringouins, taons, frappes-à-bord, moustiques et mouches à chevreuils nous laisseront tranquilles pour quelques mois.
Il y a aussi les animaux
La plupart des oiseaux sont partis mais il en reste encore. Il y a ceux qui migrent tard et aussi tous ceux qui passeront l’hiver ici. Avec toutes les feuilles tombées le regard porte au loin, il devient plus facile d’observer les oiseaux dans les arbres. Près du fleuve, certains migrateurs comme la grande oie des neiges se rassemblent parfois par milliers avant de nous quitter. C’est un spectacle saisissant. Comme c’est la saison de la chasse, le gros gibier se tient caché. Dès les premières neiges arrivées, ses traces trahiront sa présence. Quelques insectes s’abritent entre deux bûches ou sous les feuilles tombées. Engourdis par le froid, ils profitent généralement d’un rayon de soleil pour se réchauffer et sortent un peu de leurs cachettes. Il y a encore de belles observations possibles.
Quelques animaux de novembre en images












Raison de plus
Si on aborde ainsi novembre, on oublie facilement le mois des morts. La photopériode est courte? C’est vrai! Raison de plus pour sortir capter la lumière où elle se trouve. Il fait plus froid? Raison de plus d’enfiler de chauds vêtements, de bouger et d’aller marcher. Loin de moi l’idée de vous prescrire quoi que ce soit, je ne suis ni thérapeute, ni médecin et encore moins psychiâtre. Si vous décidez d’aller en nature, je me permets un simple conseil: n’oubliez pas en chemin de ralentir et prenez le temps de regarder, d’observer mais surtout de voir. Je suis à peu près certain que la déprime de novembre et du début décembre vous semblera plus légère.
Références
- Société canadienne de psychologie. https://cpa.ca/fr/psychology-works-fact-sheet-seasonal-affective-disorder-depression-with-seasonal-pattern/ Page web consultée le 20 novembre 2025. ↩︎
- Idem. ↩︎
- Quand la saison devient synonyme de dépression
Anne-Marie Gagné, Guylain Bouchard, Philippe Tremblay, Alexandre Sasseville et Marc Hébert.
Med Sci (Paris) 26 1 (2010) 79-82. Publié en ligne 15 janvier 2010. https://www.medecinesciences.org/en/articles/medsci/full_html/2010/02/medsci2010261p79/medsci2010261p79.html. Consulté le 21 novembre 2025. ↩︎ - Thinhinane Ould Younes, 2025. PsychÉducAction, Clinique d’aide en santé mentale. https://psychoeducaction.com/la-depression-saisonniere/ Page web consultée le 20 novembre 2025. ↩︎
- Commission de la santé mentale du Canada. https://commissionsantementale.ca/mhcc-glossary/rythme-circadien/ Page web consultée le 21 novembre 2025. ↩︎
- Rosenthal NE, Sack DA, Gillin JC, Lewy AJ, Goodwin FK, Davenport Y, Mueller PS, Newsome DA, Wehr TA. Seasonal affective disorder. A description of the syndrome and preliminary findings with light therapy. Arch Gen Psychiatry. 1984 Jan;41(1):72-80. doi: 10.1001/archpsyc.1984.01790120076010. PMID: 6581756. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/6581756/ Consulté en ligne le 20 novembre 2025. ↩︎
- Effect of sunlight and season on serotonin turnover in the brain
Lambert, GW et al.
The Lancet, Volume 360, Issue 9348, 1840 – 1842
https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(02)11737-5/abstract?cc=y%3D Page web consultée le 23 novembre ↩︎
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Merci pour ce passionnant récit (ayant quelques notions de Biologie; je sais ce mois important dans le cycle de la vie ) et puis c’est mon mois de naissance, j’ai appris à l’apprécier – transition entre deux saisons , dormance nécessaire à certains végétaux etc
Tout le plaisir est pour moi Eve. Vous semblez voir novembre comme je le vois. J’en profite pour vous souhaiter un joyeux anniversaire à venir ou peut-être déjà passé puisque le mois s’achève. Un bon week-end à vous et merci beaucoup de lire mes articles et de les commenter, j’apprécie beaucoup. 🌞❄️👋🏻
Passionnant, Yves!
Je voyais ma journée sombre et ennuyeuse, il en sera autrement…
Merci!
Danielle
XXX
Bonjour Danielle, merci à toi, je peux donc dire mission accomplie car c’était le but de cet article. J’espère qu’il aura inspiré le plus de gens possible. Bonne journée et bonne fin de novembre. Lundi ce sera le premier décembre, il ne restera que 21 jours avant le solstice d’hiver et le début du rallongement quotidien de la lumière. 🌞👋🏻
On ne verra plus jamais novembre de la même façon. Merci Yves pour ce magnifique et intéressant texte et les superbes photos qui se passent de paroles. xxx
Merci beaucoup pour ton commentaire Marie-France. Avec novembre qui se termine aujourd’hui, on peut dire que l’idée de l’article s’applique tout autant à décembre mais avec un peu plus de neige. Bonne fin novembre et bon début décembre à toi.❄️👋🏻❄️