La petite reine de l’hiver
C’est un matin d’hiver, frais, ensoleillé et invitant. Me voici au parc, je marche dans un sentier qui se dirige vers un boisé. À peine entré dans la forêt, je les entends. Tchickadiii, tchickadiii, font-elles, en s’approchant de moi à grands coups d’ailes. Je m’arrête pour les regarder que déjà, les plus audacieuses se posent, le plus près possible de moi. Leur hardiesse n’aura d’égale que ma gentillesse. La monnaie de cet échange sera la graine de tournesol avec laquelle chacune de ces petites mésanges à tête noire s’envolera de ma main. C’est comme si la petite reine de l’hiver, comme je me plais à la surnommer, venait m’accueillir dans sa forêt en échange de cette offrande dont elle a bien besoin.

Une résidente qui se doit d’être résistante
La mésange à tête noire, Poecile atricapilla, ne migre pas à l’approche de l’hiver. C’est une résidente, qui se doit d’être résistante. En effet, il est fascinant que cet oiseau de petite taille et d’apparence si frêle soit capable de survivre à nos hivers. L’accumulation de neige et le froid ont vite fait de faire fuir ou d’ensevelir les sources saisonnières de nourriture de la mésange. Il faut préciser qu’en été, cette dernière se nourrit principalement d’insectes et d’araignées. L’hiver elle modifie sa diète et mange des baies, des graines, samares ou autres aliments végétaux qu’elle peut trouver. En plus du manque potentiel de nourriture, un autre ennemi la menace : le froid. Imaginez-la par une nuit de -30°C, alors que sa température corporelle normale à maintenir est d’environ 42°C. La différence entre sa température interne et le milieu extérieur est alors de 72°C. Comment diable peut-elle y parvenir?

Un bon coffre d’outils
Heureusement, la mésange à tête noire possède un bon coffre d’outils, ou, comme le dit si bien la biologiste Susan M.Smith, « un assortiment merveilleux d’adaptations pour l’hiver ». Quels sont donc ces outils? La faculté de pouvoir cacher sa nourriture et la mémorisation de ses cachettes. Une couche de plumes qu’elle peut gonfler pour se protéger davantage. Des cavités de repos qu’elle creuse ou qu’elle trouve dans des troncs pourris et dont elle se servira au besoin. La dernière, mais non la moindre, est sa capacité d’entrer en hypothermie nocturne, c’est-à-dire d’abaisser volontairement sa température corporelle. Ce stratagème lui permet de conserver des quantités d’énergie cruciales à sa survie.
Oubliez la cervelle d’oiseau!
Les oiseaux sont considérés, par trop de gens encore, comme des êtres écervelés, pas trop brillants, stupides. Avoir une cervelle de moineau ou d’oiseau, être une dinde, tête de linotte, triple buse, espèce de bécasse, être une oie, ce ne sont là que quelques exemples du vocable dont sont affublés ceux ou celles qui sont parfois considérés comme bêtes ou idiots. Erreur magistrale toutefois que de penser tout ceci. Oubliez la cervelle d’oiseau, les oiseaux sont dotés d’intelligence et parfois beaucoup plus que la croyance populaire le laisse entendre. À tous les sceptiques je propose de lire deux ouvrages des plus captivants, Le génie des oiseaux, de Jennifer Ackerman et Ce que les oiseaux disent de nous, de Noah Strycker. Et notre mésange dans tout cela? Nous y venons.

Une mémoire remarquable
Dans la «boîte d’outils» de la mésange, nous avons évoqué précédemment sa faculté à cacher des provisions et de se souvenir des cachettes. En fait la mésange à tête noire possède une mémoire prodigieuse lui permettant de dissimuler des graines ou autres aliments dans des milliers de cachettes et de se rappeler pendant plus de six mois, selon T.C. Roth et al., de ces cachettes. Je mets au défi quiconque d’en faire autant sans carnet de notes ou sans gps. Pas mal pour un cerveau dont la taille est à peu près le double d’un petit pois. Précisons que la mésange pèse entre 11 et 12 grammes et son cerveau entre 0,6 et 0,7 grammes. Ce cerveau, il est particulier.


L’hippocampe
Une équipe de chercheurs de l’université du Nevada a découvert, en comparant dix populations différentes de mésanges à tête noire, que celles qui vivent dans des climats plus sévères, comme ici, possèdent un hippocampe plus large et pourvu de plus de neurones que les populations du sud. En fait le cerveau des mésanges augmenterait d’environ 30% l’automne pour redevenir à sa taille normale le printemps. En quelque sorte, elles sont donc plus intelligentes l’hiver! L’hippocampe est la région du cerveau qui est vitale pour la mémoire et l’apprentissage spatial. Tiens donc, plutôt pratique pour un oiseau qui doit faire des provisions pour l’hiver… À noter qu’on appelle hippocampe cette partie du cerveau car elle évoque bel et bien la forme de l’hippocampe marin.
ll faut manger
Pour obtenir et produire de l’énergie, la mésange doit manger énormément pendant l’hiver. En fait, pendant cette saison elle passe environ vingt fois plus de temps à se nourrir que pendant le reste de l’année. Elle mange plus de 35% de son poids chaque jour. Elle perd ce poids pendant la nuit pour produire de la chaleur. Donc, si la mésange dispose d’une quantité insuffisante de nourriture en hiver, elle meurt. D’où l’importance des cachettes de nourriture dont elle peut se souvenir.


Système de communication sophistiqué
Les mésanges se distinguent également par leur chant. Ce dernier, selon les études menées par Templeton et al., est en fait un langage complet, constitué d’une syntaxe qui permet de générer un nombre illimité de séquences uniques. Ces séquences permettent à l’oiseau de signaler au groupe une source de nourriture et sa position. Dans un tout autre registre, certaines séquences permettent de signaler la présence d’un prédateur et sa taille, allant même jusqu’au degré potentiel de danger qu’il représente. Selon Freeberg, Lucas et Krams, d’autres chercheurs travaillant sur la communication et le langage des mésanges, le chant de ces dernières constitue l’un des systèmes de communication les plus complexes chez les espèces animales autres que l’humain. Impressionnant tout de même pour une cervelle d’oiseau…
Zinzinuler
Le chant des mésanges est si particulier qu’il a droit à son propre verbe : zinzinuler. On utilise aussi zinzibuler, que je trouve personnellement plus joli, mais seul zinzinuler apparait dans les dictionnaires classiques. Du latin tardif zinzulare, signifiant gazouiller, la définition du Robert nous dit de « zinzinuler » qu’il désigne le chant de certains oiseaux comme les mésanges et les fauvettes. Petite précision : ici au Canada, nous avons longtemps appelé les parulines « fauvettes », à cause de leur ressemblance avec ces dernières. Elles n’appartiennent toutefois pas à la même famille. Cette appellation a été corrigée en 1983. Pourquoi? Parce qu’il n’y a pas de vraies fauvettes au Québec. Nos mésanges seraient donc les seules à zinzinuler dans nos forêts.

Elles sont gonflées
Un autre outil dont se servent les oiseaux lorsqu’il fait froid est de gonfler leurs plumes. C’est pourquoi d’ailleurs quand on les observe, perchés par un temps très froid, ils nous apparaissent plus gros qu’à l’habitude. Lorsqu’ils gonflent leurs plumes, la couche d’air au travers du plumage sert d’isolant et limite la perte de chaleur. De plus, si la température extérieure est très froide, les oiseaux peuvent frissonner, ce qui crée une production de chaleur sous l’action des muscles. La plupart des oiseaux passant l’hiver ici utilisent ce stratagème. Ce qui différencie la mésange, selon le biologiste Bernd Heinrich, c’est son plumage qui est plus dense que celui des autres passereaux de taille équivalente. Donc ce n’est pas une illusion, par temps froid elles sont gonflées.


Hypothermie
Une autre adaptation physiologique remarquable qui permet à la mésange de survivre aux nuits glaciales, c’est sa capacité de se mettre en hypothermie. Elle peut alors abaisser sa température corporelle de près de dix degrés Celsius. L’état de torpeur qui s’en suit lui permet d’économiser jusqu’à 25% d’énergie. Ce qui peut être crucial car la nuit, comme nous l’avons mentionné précédemment, elle perd une grande partie de l’énergie acquise pendant la journée en mangeant.
Il n’y a pas que les pics
Il n’y a pas que les pics qui font des trous. Les travaux de la biologiste Susan Sharbaugh, de l’université d’Alaska-Fairbanks, lui ont permis de faire une étonnante découverte. La mésange peut également creuser des cavités, entre autres dans le bois tendre de troncs pourris de bouleaux, dont elle se sert pour nicher l’été ou s’abriter du froid l’hiver. On savait déjà que la mésange était opportuniste pour utiliser des abris comme des anciens trous de pics, mais les suivis faits par le docteur Sharbaugh, grâce à de minuscules émetteurs attachés aux mésanges, ont permis de confirmer qu’elle pouvait également creuser ses propres trous, à condition que le bois soit mou.
Les nourrir ou pas ?
Un vieux dilemme refait régulièrement surface à propos des oiseaux en hiver : est-il préférable de les nourrir ou pas? Les travaux de Lajoie, Ganio et Rivers, publiés dans la revue scientifique Avian Biology, suggèrent qu’il est très peu probable que les mésanges à tête noire deviennent dépendantes des mangeoires. Une chose est certaine, c’est que les oiseaux qui demeurent ici l’hiver ont besoin de manger beaucoup. En ce sens, il est certain que l’apport de nos mangeoires ne peut être que bénéfique. Une condition toutefois est de les approvisionner régulièrement. Chaque graine que vient quérir un oiseau, tant à la mangeoire que dans ma main, peut faire la différence entre le fait qu’il se réveillera ou pas à l’aube de la prochaine journée. Je considère que je leur dois bien cela pour toute la joie qu’elles m’apportent.

peut faire la différence entre le fait qu’il se réveillera ou pas à l’aube de la prochaine journée
S’abonner à l’info-lettre!
Pour être informés de la publication d’un nouvel article, je vous invite à vous abonner à Photo-Nature-Culture en remplissant le formulaire ci-dessous. C’est gratuit!
Si vous ne recevez pas un message de confirmation dans les minutes qui suivent, vérifiez votre boîte de courriels indésirables, si le message s’y trouve, ajouter l’expéditeur à vos courriels autorisés. Merci beaucoup et à bientôt.
❤️❤️❤️
Merci beaucoup Elisabeth! Bonne soirée!
Un autre bel article, Yves! Très apprécié! Merci!
Dis-moi, lorsque tu chantonnes des mots tendres à ta douce Marie, est-ce que tu les zinzibules ou les zinzinules?
Bonne nuit, beaux rêves😴
Danielle
Merci beaucoup Danièle. Pour ma douce Marie je zinzibule ☺️ Bonne journée à toi🌞😘
Merci! Tellement intéressant de te lire!
Merci beaucoup Manon c’est très gentil🙏🏼 Bonne journée à toi🌞📷👋🏻
Mercii! C’est tellement intéressant de te lire!
Double merci Manon🙏🏼🙏🏼😉 Il fait beau tu dois avoir bien des mésanges à tes mangeoires.
Une petite merveille cette mésange et une belle leçon d’humilité à l’humain que nous sommes 💜💜💜
Tout à fait d’accord avec toi Marie-France 👍🏻 Je te souhaite un bon vendredi 🌞😘
Il est fascinant de constater toutes les capacités de ces petites mésanges que nous nourrissons à l’année et avons aussi le plaisir d’avoir comme locataires pour mieux les observer 😁Merci de nous partager cet article riche de renseignements aussi pertinents 🙂
Tout le plaisir est pour moi Marie-Alice. 😊 Merci à toi et bonne journée chère cousine 🌞👋🏻