Mon approche de la nature est simple. En prenant le temps de m’arrêter, c’est comme si tous mes sens se mettaient tout à coup à fonctionner. Une fleur cachée apparaît. L’odeur de résine du pin ou de l’épinette devient plus perceptible. Le chant d’un oiseau entamé depuis un moment déjà se fait maintenant entendre. Mon regard s’attardant vers le sol découvre un plan de bleuets dont les baies enchanteront bientôt mes papilles. Le bois de grève, poli par son périple en mer, est agréable à regarder et doux au toucher. La recette est on ne peut plus simple: s’arrêter, prendre le temps et prendre conscience.
Une empreinte marquante
On entend parfois des gens affirmer que telle ou telle rencontre a changé leur vie. Pour certains, cette rencontre sera une personne. Pour d’autres, ce sera un événement marquant, un film, un livre, un lieu, bref tout être ou toute chose qui revêt une signification précise en un moment tout aussi précis. Dans mon cas ce fut un livre! Sans changer radicalement ma vie du jour au lendemain, il devait néanmoins y laisser une empreinte suffisamment marquante pour la suivre.
L’oeil américain
Ma mère aimait beaucoup la lecture. Un jour, un membre de la famille lui offrit, probablement pour son anniversaire, un petit livre dont le titre et l’image de la couverture attirèrent mon attention. Ce livre c’était L’oeil américain, brillamment écrit par Pierre Morency et sobrement ponctué des magnifiques illustrations de Pierre Lussier. J’empruntai l’ouvrage à ma mère sans savoir ce qui m’attendait. Ma curiosité fut piquée par ces extraits publiés en quatrième de couverture: «Avoir l’oeil américain n’est-ce pas jouir de l’habilité qui nous fait entendre ce que nous écoutons, qui nous fait voir ce qui est derrière quand on regarde devant?[…] L’acquisition de l’oeil américain n’avait de sens pour moi que si elle permettait de sortir hors de soi, d’aller à la rencontre des choses, même menues, de voir soudainement le monde s’élargir et déployer des richesses souvent invisibles au promeneur distrait.» Soulignons qu’avant d’être un livre, cette oeuvre fut d’abord une série d’entrevues radiophoniques portant le même titre.
Et maintenant
Au moment de découvrir ce livre, je faisais déjà de la photographie. Suite à sa lecture, graduellement mes cadrages se mirent à rétrécir, mais pour en montrer davantage. Montrer ce qu’on ne peut voir si on ne prend pas le temps de s’attarder. Et maintenant, où en suis-je? Sans prétendre avoir l’oeil américain, je m’efforce à chaque jour de l’acquérir, ce qui me permet de découvrir la beauté du monde qui m’entoure. Comme le dit si bien Pierre Morency «À chacun de découvrir sa propre piste vers l’enchantement. Faute de forêts, de déserts, de grandes plaines ou de côtes filant vers l’infini de la mer, le fond d’une cour ou le parc municipal fera très bien l’affaire.» Pour illustrer mon propos, voici quelques exemples de tout ce que j’aurais pu manquer si je n’avais su prendre le temps.
Première neige
C’était un matin de novembre, gris, froid et humide. Comme chaque jour, je venais de marcher jusqu’à l’école pour y reconduire mes filles. Pendant la nuit, la première neige était tombée. En revenant chez moi, je passe devant un parterre accolé à la maison sans trop porter attention aux plantes fanées et recouvertes de neige. Soudain, deux ou trois petites taches roses attirent mon regard. Je m’approche et me penche pour découvrir cette fleur de cosmos en début de fanaison et recouverte de neige. Quelle belle image pour illustrer le passage des saisons. Un saut dans la maison, aussitôt me voici de retour dehors avec appareil photo et trépied pour immortaliser ce fugace moment. Quelques minutes plus tard, la neige s’en est allée à l’arrivée de la pluie.


Sous le feuillage
Au début juin, je m’étais rendu en forêt pour photographier une population de cypripèdes jaunes (Cypripedium parviflorum) qu’on m’avait signalée. En marge d’un sentier longeant un fossé, une talle de feuilles vertes ressemblant un peu à celles de l’indésirable herbe à puce (Toxicodendron radicans) capta mon attention. Je ralentis le pas, et par une trouée dans le feuillage j’aperçu ce qui me semblait être une fleur. Je m’accroupis au niveau du sol pour découvrir sous le feuillage un magnifique spécimen d’arisème petit-prêcheur (Arisaema triphyllum).


Une reine
Pas besoin d’aller loin pour s’émerveiller, ça peut arriver dans votre cour. Une poubelle n’est pas en soi un objet qui attire particulièrement l’attention. Je passais à côté de la mienne quand une guêpe s’en envola. Je m’arrêtai pour l’observer lorsque je la vis revenir et entrer sous le rebord du couvercle. Comme elle tardait à en ressortir je me penchai prudemment. M’étant fait piquer par un essaim quand j’étais enfant, j’ai toujours gardé depuis un zeste de méfiance envers cet insecte. La guêpe, une reine, avait construit un minuscule nid. Les alvéoles, étant ouvertes, me permirent de voir les larves à l’intérieur et d’assister au processus de ventilation de celles-ci, soit les battement d’ailes très rapides de la reine. Quel spectacle!




Une étrange petite branche
Lors d’une randonnée en kayak sur la rivière Noire-Nord-Ouest, près du lac Frontière, le bout d’un petit tronc d’arbre émergé attira mon regard. En fait ce n’est pas le tronc mais une toute petite branche, dont la forme m’apparaissait anormale, qui capta mon attention. Je fis demi-tour et m’approchai. Sage décision car l’étrange petite branche était en fait un insecte que je voyais pour la première fois, une ranâtre brune (Ranatra fusca).


L’histoire gravée dans la pierre
Les empierrements qui stabilisent souvent les berges du fleuve ou des rivières m’ont toujours un peu rebuté. Ces structures anthropiques, bien que parfois utiles, dénaturent trop souvent le milieu ambiant.
Il y en a une que je côtoie pourtant depuis des années, soit celle qui stabilise l’ancienne voie ferrée près du fleuve Saint-Laurent à Lévis. Le train n’y passe plus depuis des années, il a été remplacé par les cyclistes et les piétons. Pour ma part, dès que la marée le permet, je marche plutôt sur la grève. Récemment, comme j’y marchais en flânant un peu, je découvris soudain un attrait insoupçonné à cet empierrement. Plusieurs de ses grosses pierres étaient remplies de fossiles. Dès mon retour à la maison, une recherche me permit de découvrir un ouvrage illustré très intéressant qui s’intitule « Petit traité de paléontologie urbaine. Fossiles dans les pierre architecturales de la ville de Québec » Les descriptions et photographies de ce traité me permettent de supposer que les fossiles que j’avais observés sont probablement ceux de bryozoaires. N’étant pas paléontologue, je ne me permets toutefois que de supposer. Les bryozoaires sont connus depuis l’Ordovicien, c’est-à-dire il y a environ 490 millions d’années. De simples pierres servant à stabiliser la berge sont devenues par un simple hasard du regard des capsules temporelles, des pages d’histoire gravées dans la pierre.


La belle surprise
En voyage en Minganie, je m’arrête pour une première fois à Baie Johan-Beetz. Le temps est venteux et pluvieux. L’arrêt vaut le coup d’oeil, le paysage est grandiose. Sur la rive, les crans rocheux de granite sont polis par des siècles de vents et de vagues. Tous ces rochers semblent constituer à prime abord un milieu aride et inhospitalier. Il n’en est rien! La moindre marelle foisonne de vie où cohabitent oursins, petits crustacés et fucus. La belle surprise se cache toutefois dans la partie haute des rochers où la moindre anfractuosité dans le roc abrite une flore riche et diversifiée.




Trésors
Ce ne sont là que quelques exemples des innombrables trésors que recèle la nature. Ces trésors ne sont pas réservés aux rois, reines, princes et princesses, pas plus qu’aux pirates. Ils sont accessibles, sans exception, à qui veut bien s’arrêter et devenir réceptif à la beauté qui l’entoure. Cette beauté se trouve aussi bien dans votre cour que dans les grandioses paysages de la Minganie.
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Voyage CULTUREL de fin d’année 2022 effectué par une classe d’élèves du secondaire d’une école du centre-ville:
Jour 1 – 800 km en autocar vers Toronto
Jour 2 – escalade en ascenseur de la tour du CN le jour et présence à un match des Raptors le soir
Jour 3 – magasinage au Eaton Center
Jour 4 – 800 km en autocar vers Québec
Prix du projet: plus de 1 000$ / élève
Appréciation unanime du projet: full hot!
Projet UTOPIQUE d’une activite culturelle d’une classe de secondaire quelconque d’une école quelconque dans quelques lieux quelconque de proximité
Jour 1- randonnée dans une rue avec un guide qui a l’oeil américain
Jour 2- randonnée dans un terrain vague avec un guide qui a l’oeil américain
Jour 3 – randonnée au bord du fleuve avec un guide qui a l’oeil américain
Jour 4 – randonnée dans un petit boisé urbain avec un guide qui a l’oeil américain
Coût du projet, quelques dollars pour l’ensemble du groupe
Appréciation unanime probable: full platte!
Oui il en est peut-être souvent ainsi mais il n’y a pas que cela. Pour rester dans l’esprit de mon article et apprendre à voir la beauté au-delà de l’apparence voici ce que j’ai aussi observé récemment. Jeudi soir dernier j’étais à l’école secondaire de ma fille pour participer à une activité scolaire. Les jeunes divisés par équipes avaient cuisiné des pizzas à partir d’aliments de différents pays.Certains à partir de recettes existantes, d’autres plus audacieux à partir de recettes de leur propre invention.Le cadre était pour chaque équipe de représenter les aliments du pays choisi.Les parents et visiteurs payaient pour acheter une petite pointe de ces pizza aussi diversifiées que délicieuses pour la majorité de celles que j’ai goûtées. J’ai observé et parlé à plusieurs beaux jeunes de différentes origines qui m’expliquaient de quoi était faite leur création culinaire et qui m’expliquaient, pour certains, l’importance de tel ou tel aliment dans la culture de leur pays d’origine ou pour beaucoup d’entre eux du pays d’origine de leurs parents. C’était beau de voir toute l’énergie déployée autour de cette activité dont tout l’argent amassé sera donné à un ou des organismes communautaires. La soirée fut un grand succès. Ce fut pour moi une belle expérience et une grande satisfaction de voir tous ces beaux jeunes impliqués dans une activité culturelle et humaine.
Cher Yves,
Ton texte m’a particulièrement émue moi dont l’œil est toujours à l’affût d’un détail, d’une couleur, d’une forme, d’un mouvement. J’ai de la difficulté à vivre si je ne me pause pas. Merci de partager avec nous tes connaissances, tes commentaires et aussi tes magnifiques photos. En plus, la qualité du français est remarquable.
Merci beaucoup Louise pour ton gentil commentaire c’est très apprécié. Bonne journée à toi qui doit probablement te promener présentement parmi tes fleurs.
Tes textes sont vraiment magnifiques et m’ont fait rêver avant même de voir les photos!!
Et là, on n’y voit que du bonheur, de la douceur!!
Merci encore de m’avoir fait rêver!!
Merci beaucoup Angèle de ce gentil commentaire, c’est très apprécié 🙏🏻🙏🏻🙏🏻 Je te souhaite une très belle journée.🌞👋🏻
Vraiment inspirant cet article enrichi d’illustrations concrètes de la beauté subsistante au sein d’une nature martyre. Dans un contexte de compte à rebours vers la catastrophe, ton témoignage est précieux. Bravo Yves!
Merci beaucoup Christiane 🙏🏻🙏🏻🙏🏻 Je te souhaite une très belle journée. Ici à Havre-Saint-Pierre le matin est gris mais la journée sera belle. 🌞👋🏻
Je n’ai qu’un mot qui me vient à la suite de la lecture de ton texte: MERCI
Merci de nous « éveiller » autant par la parole que par l’image, à toutes ces beautés qu’on oublie trop souvent de regarder. 💜
Merci beaucoup Marie-France de ton commentaire. C’est très apprécié🙏🏻🙏🏻🙏🏻. De Havre-Saint-Pierre je te souhaite une très belle journée 🌞👋🏻
Quel ne fut ma surprise de voir et de lire tes textes et photos ce matin, faire prendre conscience des beautés de la nature et y regarder de plus près. Beau travail de sensibilisation de ta part.
Merci beaucoup Frédéric c’est très gentil et apprécié 🙏🏻😊🙏🏻 Bien content que ça te plaise. Au plaisir 👋🏻