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L’automne prend de l’âge. Le temps des couleurs s’achève déjà. Depuis quelques jours, voire quelques semaines pour les plus précoces, les arbres ont entamé leur effeuillage. Une à une ou par dizaines, au gré du vent, les feuilles se détachent et virevoltent. Pour une dernière fois elles dansent dans l’air tout en tombant. Tous ces jaunes, rouges, oranges et rouilles qui ornaient le feuillage gisent maintenant sur le sol. C’est le grand striptease automnal. 

À chaque rafale de vent, les feuilles de ces tilleuls s’envolent et dansent dans le vent. Une averse de feuilles.

Des secrets dévoilés

Est-il pour autant moins agréable de fréquenter la forêt? Pas du tout! L’obstruction visuelle disparue, en même temps que le feuillage, permet le retour de la lumière dans le sous-bois. Prenez le temps de ralentir le pas. Forcez votre regard à quitter le sentier et laissez-le fureter à gauche, à droite, vers les cimes ou vers le sol. Ce qui était caché est maintenant visible, c’est le temps des secrets dévoilés.

J’aime particulièrement découvrir les nombreux nids habilement suspendus aux branches ou solidement calés sur leurs fourches. Quand j’en vois un, je ne peux m’empêcher d’observer sa structure parfois fort ingénieuse. Ce que j’aime par-dessus tout, c’est d’imaginer tout le travail accompli pour construire ces nids d’oiseaux, de guêpes ou d’écureuils. Ces constructions, dans la plupart des cas, n’auront servi qu’une saison.

Un nid d’oiseau, bien protégé par les longues épines d’aubépine.
Un nid de guêpe, près d’un sentier, que la chute des feuilles a dévoilé.
Haut perché, près de la cime de ce hêtre, un nid d’écureuil gris.

Nids d’oiseaux

Pour l’oiseau, le but de construire un nid est fort simple. Il sert à y déposer les œufs, les couver, et après l’éclosion, y élever les oisillons jusqu’à ce qu’ils quittent le nid. Par extrapolation, on utilise d’ailleurs souvent l’expression «quitter le nid et voler de ses propres ailes» chez l’humain quand les enfants quittent la maison. Pour en revenir à nos nids d’oiseaux, lorsqu’ils apparaissent après la chute des feuilles, ils sont déjà désertés.

C’est le meilleur moment pour les observer de près tout en étant certain de ne pas déranger leurs habitants. Les nids sont très variables selon les espèces qui les construisent, allant d’un amoncellement rudimentaire de matériaux jusqu’à des structures finement élaborées. Amusez-vous à en observer les différents types. Vous serez souvent surpris d’y voir des matériaux d’origine anthropique: cordes, morceaux de plastique, tissus, ou tout ce qui peut être utile. Vous pourrez également constater que les techniques de construction peuvent être bien différentes.

Ce n’est pas de la neige qui recouvre ce nid. Les oiseaux qui l’on construit ont trouvé, à proximité, la bourre d’un coussin ou de la doublure d’un vêtement. Ils l’ont transportée pour en garnir l’intérieur et l’extérieur du nid et procurer un abri confortable à leurs oisillons.
En regardant attentivement, vous verrez dans les parois de ce nid un autre matériau d’origine anthropique : des lanières de polyéthylène, (familièrement appelé polythène) que les oiseaux ont entrelacées au travers des brindilles d’herbe et des fines branches.
Ce petit nid a été construit avec de fins rameaux de mélèze pour la structure, et de lichens pour la finition et le confort. Le tout est bien ancré sur une fourche, entre les branches de l’arbre.
Tout un contraste que ce nid de corneille (Corvus brachyrhynchos), construit d’un entrelacement de branches dans une fourche de bouleau. Malgré son aspect grossier, il est tapissé de feuilles et lichens pour le rendre plus douillet à l’intérieur.
Agrandissez l’image et observez la finesse de ce nid suspendu. C’est celui du viréo aux yeux rouges (Vireo olivaceus). Les lanières qui supportent le nid sont tressées autour des branches de support. Ces lanières sont majoritairement, dans le cas présent, constituées de fins lambeaux d’écorces.
Technique bien différente que la construction du nid de merle d’Amérique (Tordus migratorius). Ce nid est construit sur des branches horizontales, les parois sont constituées de brins d’herbe et de boue. Contrairement au nid du viréo aux yeux rouges, celui-ci est déposé et non suspendu.

Nid de guêpes

La chute des feuilles d’un érable, chez un voisin, a récemment dévoilé un beau gros nid de guêpes. C’est l’apparition de ce dernier qui m’a d’ailleurs inspiré l’idée de cet article. La prochaine fois que vous verrez un tel nid, si l’automne est avancé n’ayez crainte, il est déserté. Si vous le pouvez, approchez vous et examinez sa texture. On entend souvent parler des abeilles laborieuses ou des ingénieux castors, les guêpes ne le sont pas moins. 

Lorsque les feuilles d’un érable d’un voisin sont tombées, ce magnifique nid de guêpes est apparu. C’est lui qui m’a inspiré cet article. Pendant tout l’été ce nid a été construit, caché par le feuillage, sans que personne s’en aperçoive. Soudain, par un beau samedi matin, il était là.

Leurs nids sont de complexes constructions de papier mâché. À l’intérieur, les alvéoles qui forment leur structure servent à déposer les larves. À l’extérieur, un laminage de couches protectrices recouvre l’ensemble de l’oeuvre. Toutes ces structures sont le fruit d’innombrables voyages pendant lesquels chaque guêpe gratte de ses mandibules l’écorce des arbres, les morceaux de bois et divers matériaux qui traînent ici et là. Elles mélangent la sciure ainsi obtenue avec leur salive, pour former une pâte de cellulose. Elles l’étaleront savamment pour former peu à peu le nid. Ce dernier sera suffisamment étanche et solide pour permettre à l’essaim d’y vivre tout le temps nécessaire à la vie de la colonie, c’est-à-dire un seul été.

À l’intérieur du nid de guêpes, les alvéoles qui servent à la fois de structure et de pouponnière pour les larves. Construites de la sciure prélevée par grattage sur des surfaces de bois et d’écorce, elles forment une pâte à papier une fois mêlée à la salive de l’insecte.
Vu de l’extérieur, le nid et ses couches protectrices. Imaginez un instant le nombre de voyages qu’il a fallu aux centaines de guêpes, qui ont façonné ce nid pour transporter la pâte de cellulose et la disposer ainsi en une ingénieuse construction de papier mâché.

Si tout comme moi vous avez attrapé la piqûre pour ces jolies structures, sachez qu’il existe en Abitibi, plus précisément à Laverlochère-Angliers, un musée du nid de guêpes qui comporte une collection de plus de mille nids.

Nid d’écureuil gris

Quand les feuilles sont tombées, vous verrez souvent des amas accumulés à la fourche de grosses branches. Ces amas, généralement situés très haut dans les arbres, sont des nids d’écureuils gris. Vous ne pouvez les manquer, on les distingue de loin. Ces nids servent à la naissance et l’élevage des petits qui y passent environ 8 semaines, avant de commencer à sortir pour découvrir le monde extérieur (source: Fédération canadienne de la faune).

Une masse de feuilles, visible de loin près de la cime d’un arbre? Pas de doute c’est un nid d’écureuil gris.

En général les femelles préfèrent aménager leur nid dans la cavité d’un arbre. Si les cavités se font rares, c’est alors que seront construits les nids de branches et de feuilles. Ces derniers sont érigés près de la cime des arbres. La base du nid est constituée d’une plate-forme de rameaux solidement disposés dans une fourche. L’extérieur est fait de feuilles et rameaux entrelacés. Cet entrelacement est dense vers l’intérieur pour former une charpente plus solide. L’intérieur, pour sa part, est tapissé de mousse, de lambeaux d’écorce, de tissus ou de papiers trouvés à proximité.

En voici un beau gros.
En y regardant de près, on voit que ce n’est pas un amoncellement naturel et que les feuilles et petites branches ont été placées.

Pas que des nids

Il n’y a pas que les nids que nous dévoile le dénuement des arbres. C’est aussi l’occasion d’observer certains animaux plus facilement. La plupart des espèces d’oiseaux ont quitté notre latitude pour un climat plus clément. Celles qui restent sont par contre plus faciles à apercevoir. Et il n’y a pas que l’avifaune! En ouvrant l’oeil vous verrez peut-être au loin, entre les arbres, un renard ou un cerf de Virginie. Sur les feuilles, au sol quelques insectes engourdis par le froid se laissent facilement observer.

L’absence de feuilles m’a permis de voir de loin ce grand pic (Dryocopus pileatus).
Il en va de même de cette sittelle à poitrine rousse (Sitta canadensis).
Le renard (Vulpes vulpes) ne peut plus se cacher derrière les arbustes dont les feuilles sont tombées. Celui-ci me regarde avec méfiance…
Les feuilles tombées, le sous-bois s’illumine et même au sol on peut observer la faune, j’en prends pour témoin ce syrphe (Diea fuscipes).

Il y a aussi toutes ces petites choses qu’il faut prendre le temps de regarder. Ce peut être la couleur vive d’une grappe de fruits tardifs. C’est la lumière en contre-jour qui illumine les aigrettes qui seront bientôt dispersées par le vent. Regardez de près la beauté d’une feuille séchée, accrochée à une branche pendant sa chute. Observez la marcescence, ces feuilles qui ne tombent pas et qui peuvent parfois passer l’hiver sur leur branche. Mais à quoi bon mille mots quand il y a la photo? Laissons parler un peu les images.

Les fruits séchés et hérissés d’épines du concombre grimpant (Echinocystis lobata).
Contre-jour sur des samares d’érable à Giguère (Acer negundo).
Les aigrettes plumeuses du clématite de Virginie (Clematis virginiana) captent la lumière et accrochent le regard.
Cette feuille est presqu’une sculpture…
Duel d’usure et de résistance.
Une touche de couleur dans le dénuement de cette aubépine (Crataegus sp.)
Les baies de la symphorine blanche (Symphoricarpos Albus)
L’arche perdue?
Clair-obscur sur feuilles d’érable.
Les fruits du sorbier d’Amérique (Sorbus americana Marsh), on ne peut les manquer, au grand bonheur des oiseaux.
Une feuille d’aubépine dont le hasard a retardé la chute vers le sol.
La feuille du hêtre en pleine marcescence. Elle passera ainsi une partie de l’hiver, sinon toute la saison jusqu’au printemps.

Le roman de la nature

Pour l’oeil qui veut bien regarder, il y a tant à voir. Saison après saison, la forêt est en constante mutation. Il y a les fleurs printanières précoces qui disparaissent quand les feuilles apparaissent et masquent la lumière. L’épais manteau vert qui se forme alors dissimule, pendant tout l’été, la présence animale. On l’entend, la devine, mais on la voit peu. Puis, l’été fait place à l’automne et à la beauté des couleurs. Survient alors le grand striptease, qui dévoile peu à peu les détails cachés par l’été.

L’hiver suit et sa neige décore le sous bois. Le sol blanc devient les pages d’un grand livre dont les mots sont remplacés par des traces. Pas de mots, pas de phrases, mais on peut y lire tant d’histoires. Un renard est passé ici ce matin. Des chevreuils ont dormi sous ces thuyas la nuit dernière. Ils ont marché vers ce ruisseau. Ils ont pris la fuite à cet endroit, voyez les longs sauts qu’ils ont fait. De quoi ont-ils eu peur? Voici des traces de raquettes, c’est peut-être cette personne qui les a fait fuir? Non, c’est plutôt cette empreinte de coyote. C’est le roman de la nature.

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Le grand striptease

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