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Les mal aimés

Il y a près d’un million d’espèces d’insectes présentement connues sur la planète. Ces insectes, je les surnomme souvent les mal aimés. Nulle autre expression ne me vient hélas à l’esprit lorsqu’il s’agit de résumer notre relation avec eux. Il y en a pourtant de très beaux et de très colorés. Ils sont minuscules et nous sommes des géants plutôt terrifiants pour eux. Ils sont très utiles et la majorité d’entre-eux joue même un rôle primordial à la vie sur terre.

Pourtant nous les craignons! Elles ne sont pas rares les personnes qui en ont une profonde aversion. Comme la plupart des gens j’en craignais certains, je m’impatientais sous les attaques de certains autres, et je restais indifférent quant aux autres. Avec le temps l’indifférence s’est transformée en curiosité, puis en intérêt. Pour être honnête, il me faut avouer que je m’impatiente encore, lorsqu’agressé par une nuée de maringouins. Découvrons ensemble quelques ordres, familles et espèces observés pendant les safaris dans mon jardin.

Un peu de classification

Pour mieux situer les insectes, commençons par un peu de classification. Les insectes font partie du même règne que nous, le règne animal. Ils font ensuite partie de l’embranchement des Arthropodes, lequel se sous-divise en quatre groupes ou sous-embranchements. Nous aborderons dans cet article un de ces sous-embranchements, soit les Hexapodes dans lequel on trouve les insectes. Le préfixe hexa nous vient du grec et signifie six, les insectes ont donc six pattes. Comme les araignées ont huit pattes, ce ne sont pas des insectes. Cette distinction étant faite, concentrons nous sur les insectes. Il en existe 29 ordres dans le monde et 24 d’entre eux se trouvent au Québec. Mon terrain étant étant de taille microscopique comparé au monde et au Québec, je n’y ai recensé que neuf ordres jusqu’à présent pendant mes safaris au jardin. Commençons dans cet article par les plus connus, les Hyménoptères.

Bourdon sp. sur fleur de tournesol
Un représentant bien connu de l’ordre des Hyménoptères, dont il sera question dans ce premier article: le bourdon.

Les Hyménoptères

Les Hyménoptères constituent un des principaux ordres d’insectes partout dans le monde. On y compte environ 130 000 espèces décrites. Il en existe au moins 8757 au Canada. Son nom lui vient de l’ancien grec, hymen qui signifie membrane et pteron qui signifie aile. La combinaison de ces deux mots évoque les ailes membraneuses des Hyménoptères. Une caractéristique d’identification de cet ordre est le petit crochet qu’on trouve sur les ailes postérieures. Cet ordre comprend plusieurs familles et espèces qui nous sont très familières. Pensons aux abeilles, bourdons, guêpes et fourmis. En voici donc quelques représentants, tous observés dans ma cour.

Les méconnues

Quand on parle d’abeilles, en général nous faisons référence à celles qui nous procurent le miel, soit les abeilles domestiques ou Apis mellifera. Ces précieux insectes de la famille des Apidae, en plus de nous donner le miel, jouent un rôle important dans la pollinisation des végétaux. Précisons que cette abeille n’est pas indigène à notre contrée, elle est importée d’Europe. Selon Laramée (2007) «Au Québec, presque toutes les abeilles domestiques appartiennent à la race italienne Apis mellifera ligustica Spinola». Il ne s’agit que d’une espèce, mais il y a toutes les autres abeilles, dites sauvages. On pourrait tout aussi bien les appeler les méconnues.

Les abeilles sauvages

Contrairement à leur cousine domestique qui vit en société, les abeilles sauvages sont, pour la majorité, des solitaires. Selon les estimations, il existe plus de 20 507 espèces d’abeilles sauvages recensées dans le monde. Ces dernières pollinisent environ 75 à 80% des espaces cultivés et sauvages, le reste étant pollinisé par les abeilles mellifères et autres insectes. C’est peu dire que d’affirmer qu’elles jouent un rôle écologique capital. Près de 800 espèces d’abeilles sauvages vivent au Canada dont environ 350 au Québec.

J’ai la chance, année après année, d’en avoir quelques espèces dont les larves passent l’hiver dans le sol de mes plate-bandes. Quand le soleil d’avril réchauffe la terre, il est un spectacle dont je ne me lasse pas, l’émergence de ces abeilles. Je les observe sortir du sol un peu engourdies, découvrir le vol et se diriger vers les fleurs hâtives. C’est d’ailleurs pour les accommoder que nous cultivons ici dans nos plates-bandes des crocus, des tussilages et des puschkinias, qui sont les plus rapides à fleurir. Les pissenlits, les tulipes et les primevères prendront la relève quelques jours plus tard.

Abeille sauvage émergeant du sol.
Une abeille sauvage (probablement une andrénide) qui vient tout juste d’émerger du sol sous le soleil d’avril. Hymenoptera, Andrenidae sp.
Abeille sauvage sur fleur de crocus
Dès son émergence, après s’être un peu chauffée au soleil, l’abeille ne perd pas de temps avant de trouver une fleur printanière à butiner. On peut voir les grains de pollen sur ses poils et ses pattes.
Abeille sauvage sur fleur de pushkinia
Rencontre de deux abeilles sauvages sur des fleurs de pushkinia. Il est important pour les abeilles sauvages d’avoir accès à des fleurs printanières hâtives.

Quand ça bourdonne.

Les bourdons, qui sont également des abeilles, sont eux aussi de très efficaces pollinisateurs. De la famille des Apidae, le bourdon en est le plus gros représentant en terme de taille. Contrairement à l’abeille domestique toutefois, il est indigène. Comme elle par contre, il est social et vit en colonies appelées bourdonnières. Quand ça bourdonne autour de moi, je me dépêche d’en déterminer la provenance et le responsable. Une fois trouvés, je ne me lasse pas d’observer la danse du bourdon sur les fleurs, particulièrement quand il est chargé de pollen. Parfois ils sont plusieurs à se partager la même fleur. Les espèces de bourdons les plus hâtives émergent dès la mi-avril. En fait il n’y a que les nouvelles reines fécondées à l’automne qui émergent. Une colonie de bourdons ne dure qu’une année et meurt lorsqu’arrive l’hiver.

Bourdon sp.
Ce bourdon (Bombus sp.) profite de l’ensoleillement du midi de la fin septembre pour se réchauffer en butinant sur des fleurs de sédum (Sedum sp.)
Bourdon sp. couvert de rosée
Plus tôt le matin, ayant probablement passé la nuit sur un autre sédum, celui-ci s’est fait prendre par la rosée matinale. Il lui a fallu attendre que le soleil l’assèche et le réchauffe pour retrouver sa vitalité.
Bourdon couvert de pollen
La plupart des espèces de bourdons possèdent des corbeilles à pollen sur les pattes arrière. En voici un bel exemple. Observez bien les grains de pollen agglomérés en une grosse masse sur ce spécimen.
Bourdon et pollen
Les fleurs de tournesol attirent beaucoup les bourdons. Quelques plants dans votre jardin vous permettront de les observer en plein travail. Avec eux le pollen se promène.
Bourdon sur fleur de chardon
Le bourdon est généraliste et visite de nombreuses espèces de fleurs. Le voici sur une fleur de chardon.
Bourdon sur fleur d'échinée pourpre
Celui-ci escalade les pétales d’une échinacée pourpre (Echinacea purpurea) pour se rendre vers le centre de la fleur.

Parlons des guêpes

Oui, parlons des guêpes! Je l’ai déjà mentionné, je garde, depuis l’enfance, de douloureux souvenirs de ces omniprésents insectes. J’en ai longtemps eu peur. Avec le temps j’ai réalisé que les nombreuses piqûres reçues jusqu’à maintenant n’étaient pas plus douloureuses qu’un coup de marteau sur un doigt ou un genou cogné sur un meuble. Pourtant je n’ai peur ni des marteaux ni des tables. 

Un petit nid caché

Avec le temps, les guêpes m’ont apprivoisé je crois. Au début j’ai été fasciné par l’ingéniosité et l’adresse avec lesquelles elles construisent leur nid. Ensuite, en les photographiant de très près, j’ai découvert leur beauté. C’est leur comportement qui m’a toutefois conquis quand j’ai eu la chance d’observer une reine au nid. J’ai déjà évoqué, dans un article antérieur, un petit nid caché sous le rebord d’un couvercle de poubelle, mais je considère important d’y revenir. De voir les larves bouger, chacune dans son alvéole, de voir la mère s’affairer tout autour et surtout de la voir s’épuiser à battre des ailes à toute vitesse pour aérer et ventiler ses petits, fut pour moi un spectacle inoubliable. C’était comme une définition visuelle du terme dévouement.

guêpe, Vespula germanica.
Cette guêpe, un peu engourdie par la température fraîche de novembre, était cachée dans une corde de bois que je déplaçais. Je l’ai ainsi découverte sur une bûche.
guêpe, Vespula germanica.
Il s’agit de de la guêpe germanique (Vespula germanisa) une espèce d’origine eurasienne, dont la première observation au Québec remonte aux années 1960 à Montréal. (Normandin 2020)
guêpe et nid
Une guêpe, probablement le poliste gaulois (Polistes dominula), s’affairant sur son nid.
guêpe et nid
En m’approchant un peu plus, j’ai aperçu les larves, sa progéniture, disposées chacune dans sa cellule.
guêpe et larves dans le nid
Je vous invite à agrandir cette photo pour voir de près la bouille des jeunes guêpes à l’état larvaire. Difficile de ne pas se laisser attendrir.
guêpe qui ventile le nid
La reine qui ventile ses larves pendant de longues secondes en restant stationnaire tout en battant très rapidement des ailes.

Ne pas juger trop vite

Il est certains insectes qui provoquent au premier coup d’oeil, par leur aspect un peu inquiétant, un sentiment de crainte. La peur de la piqûre est, selon moi, l’élément déclencheur de notre relation généralement plus ou moins bonne avec ces animaux pourtant si petits.

Un bel exemple de jugement hâtif est le pélécinide (Pelecinus polyturator). Cet Hyménoptère est le seul représentant en Amérique du Nord de sa famille, les Pélécénidés. Cet insecte évoque un scorpion avec son abdomen allongé et replié, un scorpion volant de surcroît si on en juge à ses ailes. L’abdomen modifié de la femelle est unique. Il est adapté pour lui permettre le creusage du sol et d’atteindre ainsi les larves de hanneton, les fameux « vers blancs », dans lesquels les femelles pondent un œuf qui va parasiter le ver et éventuellement le détruire. Les vers blancs se nourrissent des racines de graminées et de pelouse. Conséquemment, le pélécenide, malgré sa mine patibulaire, est un bon allié de nos jardins.

pélécinide femelle
Une pélécinide femelle et son inquiétant abdomen allongé.

Quelques autres

Voici quelques autres représentants connus ou méconnus de l’ordre des Hyménoptères. Qui ne connait pas les fourmis? Avez-vous déjà vu une potière bleue? Qui sont ces insectes qui dévorent nos rosiers ou nos bouleaux?

tenthrède du rosier
Le tenthrède du rosier. Hymenoptera. Argidae. Arge ochropus.
tenthrède à tête noire du bouleau
Tenthrède à tête noire du bouleau. Tenthrenidae. Croesus lartitarsus sort. On les qualifie de fausses chenilles.
potière bleue
La potière bleue. Famille des Sphecidae, Chalybion californicum. Selon Normandin (2020), ces dernières construisent des nids en boue constitués de plusieurs cellules. Les potières y transportent les insectes et araignées capturés.
fourmis sp. sur pivoine
Elles mériteraient un article à elles seules, tant elles sont nombreuses, variées et socialement organisées. Photographiées ici sur un bouton de pivoine, voici les fourmis (Formicidae sp.)!

Pour en savoir plus long

Quand on débute dans le domaine de l’entomologie, il n’est pas facile d’identifier les espèces, à l’exception des plus connues. Afin de mieux documenter cet article, j’ai pu compter sur le savoir d’une bande de passionnés qui partagent leurs photographies et leurs connaissances dans le groupe Photos d’insectes du Québec. À tous ceux qui s’intéressent aux insectes, je vous conseille fortement ce groupe, qu’on trouve sur Facebook à https://www.facebook.com/groups/photosinsectesduquebec . Je remercie d’ailleurs tous ceux et celles de ce groupe qui m’ont aidé à résoudre bien des mystères. J’espère qu’ils sauront vous transmettre, comme ils l’ont fait pour moi, un nouvel intérêt pour les insectes. Dans le prochain article du safari dans mon jardin, je vous présenterai les autres espèces que j’y ai observées.

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Cet article a 6 commentaires

  1. Danielle Richard

    Encore une belle publication! Je me rappelle très nettement de cette «agression» à laquelle tu fais allusion. Tu en avais toute une colonie dans ta chevelure bouclée. Maman était terrorisée.
    N’empêche que ça aurait pu te faire haïr ces petites bêtes!!!
    Au lieu de ça, tu les mets en «valeur». Chouette! 👏
    Bonne journée ! Danielle

    1. Yves

      Merci beaucoup Danielle. Je me suis fait piquer à nouveau à quelques reprises depuis mais elles ne voulaient que se défendre.La fois de l’essaim au complet, heureusement que je n’étais pas allergique… Bonne soirée et merci beaucoup de m’avoir lu et d’avoir pris le temps de commenter.

  2. Marie-France Richard

    Merci Yves d’adoucir notre comportement de répulsion (si je peux m’exprimer ainsi) envers les insectes qui est ancré profondément en nous….justement je regardais ma chatte Rosie ce matin chasser un moustique avec acharnement et je me disais que ce n’était pas seulement un comportement humain….et voilà que tu nous arrives avec cette nouvelle page de ton safari….sur les insectes….tu fais ma journée et j’ai déjà hâte de lire la 2e partie. Bonne journée.

    1. Yves

      Merci beaucoup Marie-France pour la lecture et pour ton gentil commentaire. C’est toujours bien apprécié. Bonne soirée malgré la pluie et le vent. 🐝

  3. Ted

    Comme exposé en préambule, le monde des insectes (voire des arthropodes si on veut aussi englober d’autres mal-aimés qui valent le détour comme les araignées par exemple) est vaste. Il y a tant à découvrir à leur sujet ! En voici une belle introduction, merci ! Pour les non-initiés les plus apeurés, on peut préciser que certaines guêpes ont davantage un comportement agressif que d’autres. Savoir les distinguer peut empêcher les réflexes systématiques de destruction par ignorance et amener à comprendre qu’en réalité chacune (agressives ou non !) peut devenir bénéfique dans un domaine qui nous touche (ex : potager).

    1. Yves

      Merci beaucoup Ted. Tu as tout-à-fait raison, si on connaissait mieux les insectes en général nous les apprécierons davantage. La suite de cet article présentera quelques spécimens de l’ordre des Aranea. À l’origine le présent article en traitait, mais il était rendu trop long, j’ai décidé de le scinder en deux parties. Merci encore d’avoir pris le temps de me lire et de commenter. Bonne soirée à toi

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