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Naviguer en kayak

C’est en kayak sur la rivière Bécancour la semaine dernière que m’est venue l’idée : Pourquoi ne pas partager un peu de ces moments d’émerveillement que m’apporte la photographie sur l’eau? Pour être plus précis, je devrais plutôt écrire la photographie à fleur d’eau puisque c’est de là que m’apparaissent toutes ces beautés. C’est d’ailleurs le principal avantage de naviguer en kayak, que cette position basse. Elle permet de voir pratiquement à leur niveau, et parfois même sous leur niveau, faune et flore des plus variées. Naviguer en kayak c’est aussi, grâce au faible tirant d’eau, se donner la possibilité d’aller en des endroits autrement inaccessibles. Mon domaine d’observation et de photographie devient alors marais, marécages, rivières méandreuses et peu profondes, lacs et étangs. 

Photographie sur l'eau: embouchure de la rivière Leverrier.
Par un bel après-midi, dans le marais à l’embouchure de la rivière Leverrier

L’équipement

Le kayak

Amateurs d’équipement dernier cri et à la fine pointe, vous serez déçus. Le kayak que j’utilise est un vieux modèle, peu coûteux, fabriqué de matière plastique (polyéthylène) et acheté il y a près de vingt ans dans une grande surface. J’avais choisi à l’époque un modèle court, pour la maniabilité, et un peu pansu, pour le gain d’équilibre. Bien entendu, je ne ferais pas de compétition de vitesse ni ne prendrais la mer avec un tel modèle. Par contre, sa stabilité, sa faible longueur et son faible tirant d’eau me permettent de me faufiler à peu près partout.

Le matériel photo

Le matériel photo que j’emporte sur l’eau: un boîtier Nikon D300 qui date de 15 ans, un zoom 70-200 mm pour les oiseaux ou animaux, un objectif 105 mm macro pour les insectes, les fleurs et les grenouilles et enfin un zoom grand-angle 18-50 mm macro pour le paysage général et aussi pour la macro. Le tout enroulé individuellement dans du papier bulle pour protéger des chocs et placé dans un sac étanche de 20 litres pour protéger de l’eau.

Pour compléter

Pour compléter le tout: une voiture, des supports à kayak pour le transport sur la voiture, une pagaie double, le matériel de sécurité et la capacité d’émerveillement. 

En camping près d'une rivière, le bonheur.
En camping, le soleil brille, les kayaks sur le toit de la voiture sont prêts à être transportés à la rivière. Comment ne pas être heureux quand de telles conditions sont réunies.
Photographie sur l'eau: l'équipement de base
Un petit kayak stable, court, solide et à faible tirant d’eau. Le matériel photo qu’on ne voit pas, puisque je l’utilisais pour faire cette photo, loge dans le sac jaune parfaitement étanche.

Il y a tant à voir

Rendu sur l’eau, une fois jaugées la force du courant et celle du vent, c’est le début de l’aventure. Se déplacer lentement, observer, s’approcher sans effrayer, écouter, se laisser dériver, corriger sa vitesse et sa trajectoire, ce ne sont là que quelques unes des actions à accomplir pour créer une photo. Il y a tant à voir! Un regard vers babord, où se croit bien caché un butor. Je dérive vers la rive pour l’observer. Après l’avoir photographié, je le quitte, il se croit toujours bien caché car il n’a pas bougé. Un regard vers tribord, c’est le jaune d’un nénuphar qui accroche mon regard. Je m’en approche en frôlant une roche, sur laquelle l’imago d’une libellule a cessé, depuis quelques minutes, d’être nymphe. Parlant de nymphe, cette tache blanche qui brille au loin, devant la proue, trahirait-elle la présence d’un nymphéa, ce joli nénuphar blanc? Je me laisse porter par le lent courant, pour constater qu’il s’agit bien de cette lumineuse fleur blanche au cœur jaune. Pendant toute la randonnée il en sera ainsi, d’une découverte à l’autre. 

Photographie sur l'eau: butor d'Amérique en mode camouflage.
Une particularité du butor d’Amérique (Botaurus lentiginosus) c’est sa technique de camouflage qui consiste à dresser son cou vers le haut. Il demeure alors immobile. Les rayures et les couleurs de son plumage lui permettent ainsi de se confondre avec la végétation.
Photographie sur l'eau: le grand nénuphar jaune
Le grand nénuphar jaune (Nuphar variegata). Cette plante flottante, visible de loin, sert souvent de lieu de repos aux grenouilles et divers insectes. Ils viennent se chauffer au soleil sur les grandes feuilles qui entourent la tige florale.
Photographie sur l'eau: libellule en mue de nymphe à imago.
Sur le flanc vertical d’un rocher, tout juste au-dessus de la surface, cette libellule vient de terminer sa mue finale et laisse sécher et durcir ses ailes au soleil pour pouvoir prendre son envol. Elle vient ainsi de passer du stade de nymphe à celui d’imago.
Photographie sur l'eau: nymphéa tubéreux
Le nymphéa tubéreux (Nymphaea tuberosa) aussi appelé nénuphar blanc, ne laisse jamais indifférent. On le trouve sur des cours d’eau rapides comme les rivières et le Saint-Laurent dans sa partie fluviale. Sa taille et son blanc étincelant le rendent visible de loin.

Fasciné par les mots

Je suis chaque jour davantage fasciné par les mots. Bref retour, donc, sur l’éthymologie du mot nymphe, qui nous vient du latin nympha, qui vient lui-même du grec nýmphē et qui signifie jeune fille ou jeune mariée. Nymphe! Étonnant que ce seul mot puisse définir quatre entités aussi différentes, selon Larousse: une divinité féminine de l’Antiquité gréco-romaine; une jeune fille gracieuse; un repli membraneux de la vulve, appelé aussi petites lèvres ; et la dernière forme larvaire de plusieurs insectes comme la libellule et la demoiselle. Amusant, dans ce contexte, de s’imaginer une nymphe devenue demoiselle, se reposant sur un nymphea.

Photographie sur l'eau: nymphéa tubéreux sur la rivière Nicolet.
Dérivé du mot nymphe, le nymphéa enjolive la surface des cours d’eau. Pas étonnant que cette fleur ait si fortement inspiré le peintre Claude Monet qui réalisa, sur plusieurs années, vers la fin de sa vie, toute une série de tableaux connue sous le nom  » le cycle des nymphéas« .

De l’insecte à l’oiseau

De l’insecte à l’oiseau, du mammifère à la souriante grenouille, de la plante immergée à la fleur de rivage, de l’arbre mort à la forêt luxuriante, de la trace dans le sable à la hutte de castor, chaque rencontre est enrichissante et je le répète, il y a tant à voir! Il ne s’agit que de prendre le temps de regarder. Je lève les yeux en frôlant la berge pour apercevoir au-dessus de ma tête les fruits rouges de la viorne trilobée aussi appelée pimbina. Je m’approche d’un monticule de sphaigne, je m’y penche un peu, pas trop tout de même pour éviter de chavirer, j’écarte délicatement quelques herbacées pour découvrir une petite plante carnivore, la droséra. Même le passage sous un viaduc de béton me révèle une surprise: deux oisillons curieux qui me regardent par l’ouverture d’un nid d’hirondelle.

Photographie sur l'eau: Caloptéryx bistré, une de nos jolies demoiselles.
Le caloptérix bistré (Calopteryx maculata), une des 38 espèces de demoiselles connues au Québec. Pour cette photo, j’ai dû lutter un peu contre le courant pour réussir à me glisser sous la branche. En même temps, je ne pouvais pagayer avec force de peur de la faire fuir.
Photographie sur l'eau: chevalier solitaire
Photo plus facile à prendre que la précédente. Tôt en matinée, sur le lac Talon dans le parc des Appalaches, ce chevalier solitaire (Triga solitaria) est pratiquement venu prendre la pose. Il s’est perché sur cette vieille branche sèche près de moi et il est resté là sans bouger.
Photographie sur l'eau: vison d'Amérique
Un vison d’Amérique (Neovison vison) occupé à chasser sur la rive. La présence de proies potentielles, en l’occurence des carouges à épaulettes juvéniles, rendaient le vison beaucoup plus hardi en ma présence. Habituellement les visons plongent vite sous l’eau lorsqu’on les approche.
Photographie sur l'eau: grenouille verte
Sans vouloir faire dans l’anthropomorphisme, j’aurais juré que cette grenouille verte (Lithobates clamitans) me souriait. Les grenouilles sont une énigme pour moi. Certaines sont très craintives tandis que d’autres, comme celle-ci, viennent pratiquement vers nous et nous regardent. J’ai cru un instant qu’elle sauterait à bord.
Photographie sur l'eau: hutte de castor
Une hutte de castor de belle taille.
Photographie sur l'eau: fruit de la viorne trilobée
Les fruits de la viorne trilobée
Photographie sur l'eau: droséras à feuilles rondes, une plante carnivore
Bien cachés dans la mousse de sphaigne, ces minuscules et jolis droséras à feuilles rondes n’en sont pas moins des plantes carnivores. Si un insecte est attiré par les poils glanduleux qui entourent la feuille, il y est englué et les poils se referment vers la feuille où l’insecte sera peu à peu digéré.
Photographie sur l'eau: nid d'hirondelles rustiques sous un tablier de pont
Jolie surprise en passant sous un pont de béton traversant la rivière Beaurivage. Le soleil qui reflétait sur l’eau éclairait le dessous du tablier ce qui me permit d’apercevoir ces deux jeunes et curieuses hirondelles rustiques (Hirundo rustica) qui me regardaient passer, à l’abri dans leur nid.

Laissons parler la photo!

Trouver une fleur inconnue et la photographier pour l’identifier ultérieurement. Être gratifié d’une observation inusitée comme celle d’une araignée qui fait traverser une rivière à sa progéniture. Voir un huard pêcher pour nourrir son petit. S’arrêter pour admirer des jeux d’ombres et de lumières, des réflexions ou des couleurs. Accueillir de furtifs passagers clandestins venus se poser quelques secondes sur cette embarcation. Ce ne sont là que quelques exemples de tout ce que permet le déplacement contemplatif et silencieux à fleur d’eau. Mais, trêve de mots, laissons parler la photo!

Photographie sur l'eau: Lis du Canada
La joie de découvrir au-dessus de ma tête en haut d’un talus une petite colonie de lis du Canada. Cette fleur possède le statut de vulnérable à la récolte au Québec. Cela faisait des années que je n’en avais pas aperçu.
Photographie sur l'eau: araignée portant ses petits qui traversait la rivière Ouelle
Au détour d’un méandre de la rivière Ouelle, je remarque une araignée qui nage à la surface de l’eau. Je m’arrête à sa hauteur et, surprise, elle grimpe sur mon kayak. La surprise augmente lorsque je constate qu’elle porte sur son dos sa grouillante progéniture. Elle faisait traverser la rivière à ses petits.
Photographie sur l'eau: huard nourrissant son jeune
Le privilège d’assister à un autre moment de soin parental. Un jeune plongeon huard encore malhabile à plonger pour trouver sa nourriture qui est nourri par un de ses parents. À chaque plongée, l’adulte remontait avec un poisson qu’il s’empressait de donner à son rejeton. Tout ça tout près de moi, comme si je n’étais pas là.
Photographie sur l'eau: libellule et demoiselle
Les passagers clandestins! Il arrive parfois que des passagers s’invitent à bord pour quelques instants. Dans le cas présent une libellule est venu se reposer quelques secondes profiter de la chaleur de la coque, au même moment qu’une demoiselle la survole.
Photographie sur l'eau: feuille de sagittaire à larges feuilles.
Sous l’ombre d’un bosquet d’arbres, la feuille d’une sagittaire à larges feuilles (Sagittaria latifolia) capte un rayon de soleil pour se mirer sur la surface calme de la rivière. « Miroir! Oh miroir! Dis-moi qui est la plus belle »
Photographie sur l'eau: jeux d'ombres et de lumières
« Va à droite! » me disent ces flèches de lumière, d’ombre et de réflexion. Je les ai suivies et c’était la bonne direction.

Il n’en faut pas plus

Tous ces moments passés sur l’eau, toutes ces observations qui s’offrent à moi, toutes ces choses qui ne peuvent être rendues par l’image, le cri d’un oiseau, l’odeur du marais, la chaleur du soleil ou la fraîcheur du vent et tout ce que j’oublie, dans le fond quand j’y pense, il n’en faut pas plus pour me rendre heureux. J’espère avoir réussi à vous partager un peu de ma passion et de mon attachement à nos cours d’eau et à tout ce qui les habite. Si vous avez des commentaires ou des questions relatives à la photographie en kayak, n’hésitez pas à communiquer avec moi car c’est aussi à ça que sert un blogue.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Elisabeth

    Merci ! C’est magnifique ! Quelle belle promenade en glissant sur l’eau … Et le fait de revoir tous ces petits êtres que j’adore, et toutes ces espèces florales et aquatiques. Oui tout cela a le pouvoir de rendre heureux 😊❤️

    1. Yves

      Merci à toi Elisabeth! Sûrement les moments où je me sens le mieux et où je retrouve ma curiosité et mon coeur d’enfant. Bonne fin de soirée à toi 🙏🏼🌔✨👋🏻

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La photographie sur l’eau

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