Si vous voulez les apercevoir
Sur les arbres, les feuilles sortent de leurs bourgeons et envahissent la canopée. La luminosité du sous-bois diminue rapidement, privant de lumière les fleurs printanières les plus hâtives. Si vous voulez les apercevoir, il est grand temps d’aller faire une balade en forêt. Dans quelques jours tout au plus, pour certaines espèces il sera trop tard, plusieurs seront déjà disparues. Présentement, dans la région des Appalaches sur la Côte-du-Sud, les trilles rouges sont en floraison. Les trilles constituent le genre Trillium qui fait partie de la famille des mélanthiacées. On compte 43 espèces de trilles dont 38 sont originaires d’Amérique et cinq d’Asie. Cinq espèces indigènes sont présentes au Canada, dont quatre au Québec. Ces dernières sont le trille blanc (Trillium grandiflorum), le trille penché (Trillium cernuum), le trille ondulé (Trillium undulatum) et le trille rouge (Trillium erectum).

Trillium
La première partie de leur nom latin, Trillium, attribué par Carl von Linné, viendrait probablement du suédois «trilling» qui signifie triplet. En observant la plante on comprend vite pourquoi. On remarque tout d’abord ses trois feuilles, évasées à la base et qui se terminent en fine pointe. La fleur est solitaire mais ses composantes sont ternaires, c’est-à-dire en trois exemplaires. On peut compter trois sépales, trois pétales colorés, six étamines (un multiple de trois) et trois carpelles soudés. Le fruit, qu’on désigne sous le nom de capsule, comporte trois loges. (source: Techno-Sciences)

Le trille rouge
Le trille rouge, aussi appelé trille dressé, est le plus abondant dans la région de la Côte-du-Sud. C’est également le premier trille à y fleurir dès le début mai. Tout comme l’érythrone d’Amérique, dont il a été question dans un article précédent, ce trille mettrait environ dix ans à produire sa première floraison. La fleur, dont les pétales sont d’un riche rouge foncé, attire le regard. Elle est belle mais elle dégage une odeur nauséabonde. Selon Gisèle Lamoureux, « …sa couleur de viande crue et son odeur attirent certaines mouches, du groupe des mouches de la viande (diptères, Calliphoridae). » La présence de ces mouches favorisent la pollinisation de la fleur.


Un trille rouge pas rouge
Il arrive parfois que le trille rouge ne soit pas rouge. Ses pétales peuvent parfois être verdâtres, blanc crème ou même jaune pâle. Cette coloration différente est due à une anomalie génétique. Selon Lamoureux, il y a plusieurs gènes qui sont impliqués dans la coloration de la fleur. Les variantes de couleurs qu’on observe parfois, résultent de la suppression spontanée de certains gènes. Cette suppression permet ainsi à des couleurs autres que le rouge de s’exprimer. Au centre de la fleur toutefois, le pistil demeure rouge foncé ce qui permet alors d’affirmer qu’il s’agit bien d’un trille rouge.

Le trille ondulé
Un peu plus tard en mai, voici venir le trille ondulé. Ses pétales sont blancs, veinés de pourpre et leur frange est ondulée d’où son nom. Selon Marie-Victorin, les peuples iroquois nomment cette plante « O-je-gentash » ce qui signifie « front ridé », en allusion aux pétales blancs veinés de pourpre. Contrairement aux autres trilles, les feuilles du trille ondulé ont une queue bien définie. Ce critère peut aider à l’identifier en cas de doute. Moins abondant que le trille rouge, le trille ondulé se présente généralement par petites colonies peu denses et dispersées ici et là en forêt. Ce trille préfère les sols plus acides que ses congénères. Il m’est arrivé de l’observer à plusieurs reprises voisinant le bleuet (Vaccinium myrtilloides) aux abords de tourbières.

Le trille blanc
Le trille blanc croît uniquement dans les érablières à caryer ou à tilleul. Ces types d’érablières se trouvent surtout au sud ouest du Québec. Le trille blanc est donc plus rare à l’est de la ville de Québec. Personnellement j’ai eu la chance de l’observer une seule fois, ici à Lévis. Il s’agissait toutefois de plants cultivés dans un parterre. Cette plante possède le statut de vulnérable à la récolte au Québec (CDPNQ). Ses fleurs sont plus grandes que chez les autres espèces. Comme son nom l’indique, ses pétales sont blancs.

Emblème
Le trille blanc est la plante emblème de l’Ontario. Il apparaît sur le logo officiel de cette province. Le trille, sous son nom latin, est fièrement utilisé en Ontario notamment dans le domaine des arts. Par exemple, le prix Trillium qui est le plus prestigieux prix littéraire de la province. Ce prix créé en 1987 souligne et fait la promotion des écrivaines et écrivains ontariens. Il y aussi le théâtre du Trillium, un centre de création et de recherche en art dont la compagnie produit, encadre et diffuse les arts vivants francophones au Canada. Je vous épargnerai toutefois les fonds de financement, parcs industriels, caisses populaires, vendeurs d’automobiles et commerces de toutes sortes portant le nom de Trillium.

Le trille penché
Le quatrième trille qu’on peut observer au Québec est le trille penché. Nos chemins ne s’étant jamais croisés, je n’ai pas encore eu la chance de l’observer. C’est le plus boréal de nos trilles et sa présence est plus rare dans le sud du Québec. Une exception toutefois au sud de Montréal, dans la réserve nationale de faune du lac Saint-Francois. Cette réserve est située à Dundee, près de la frontière américaine de l’État de New-York. La réserve héberge une colonie de trille penchés dont un sentier porte d’ailleurs le nom. Les fleurs de ce trille sont pendantes, ce qui lui vaut son nom. Les pétales sont généralement blancs mais peuvent être parfois rosés, ou veinés de vert. J’ai bien hâte de rencontrer enfin ce trille.
Viendront les fruits
Bien que ce soit cette dernière qui nous émerveille, il n’y a pas que la fleur sur une plante. Après la floraison viendront les fruits, porteurs des graines qui assureront la pérennité de l’espèce. Après la floraison il est encore possible d’identifier nos trilles par leurs fruits respectifs. Chez le trille blanc, le fruit est de couleur bleu noir. Il est rouge et pendant chez le trille penché. Le trille rouge pour sa part présente un fruit rouge vin, plus large que haut. Enfin, chez le trille ondulé le fruit est effilé, en forme d’oeuf, luisant et de couleur rouge vermillon.
Ne pas cueillir
Oui les trilles sont beaux, ils égaieraient si bien nos parterres tôt au printemps. Par contre ils sont fragiles et ne durent pas longtemps. De plus ils sont tellement plus beaux dans leur milieu naturel. Nous l’avons vu précédemment, le trille prend son temps pour fleurir. Environ dix ans chez le trille rouge et jusqu’à dix-sept ans chez le blanc avant de produire une première floraison. Une règle s’impose d’elle-même: ne pas cueillir. Contentons nous de les regarder, de les dessiner ou de les photographier, sans y toucher. Nous aurons tous ainsi la joie de les revoir au printemps suivant.
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Les trilles depuis toute petite je les remarquais dans les sous bois au lac trois saumons ❤️
Au lac Trois-Saumons, laisse-moi deviner, tu devais observer du trille rouge et du trille ondulé. Merci beaucoup de ton témoignage, c’est toujours très apprécié. Bon lundi 🌞👋🏻
Yves J’ai apprécié votre article sur le trille. Emblème floral de l’Ontario et un symbole prix décerné aux écrivains de l’Ontario.
Captivant 🧐 magnifiques photos à l’appui. Bon mardi!
Merci beaucoup Audrey d’avoir lu et commenté mon article. C’est toujours bien apprécié 🙏🏼🙏🏼🙏🏼 Bonne journée à vous 🌞👋🏻
La trille me rappelle une anecdote. J’allais à l’école #12 en face de chez nos parents
et un enfant (je pense que c’était Jean) avait apporté un bouquet de trilles à la maîtresse. La maîtresse (Estelle D, je crois) avait réagi en jetant le bouquet, disant que c’était du poison. Pendant longtemps j’ai associé cette fleur à l’idée qu’il s’agissait d’une plante toxique…
Elle n’avait pas complètement tort car son rhizome peut produire des vomissements et à fortes doses il a même provoqué la mort de souris en laboratoire (source Fleurbec: Flore printanière). Donc prudence! Au simple toucher le trille est inoffensif. Toutefois le trille rouge dégage une odeur nauséabonde de viande avariée lorsque manipulé. Connaissant bien le Jean dont il est question dans ton commentaire, il y a fort à parier que le choix de ce bouquet ait été fait à dessein… Merci pour cette anecdote Danièle et bonne journée.
J’ai rencontré plusieurs plants de Trille dans le coin de Joliette, sentier du lac Laporte. Trille Jaune et Rouge !
Bonjour, merci de votre commentaire et de votre observation. Les aviez-vous photographiés? Si oui j’aimerais beaucoup les voir car je n’ai pas encore croisés de jaunes, seulement des verdâtres. Comme je précise dans mon article, il s’agit bien du trille rouge ( Tritium erectum) mais comportant une petite anomalie génétique. Merci encore de votre commentaire, c’est toujours bien apprécié. Bonne soirée.