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Safari

Safari! Un mot évocateur, venu du swahili, emprunté de l’arabe. Un mot plutôt joli qui signifie voyage. Safari, un mot plein de vie, dont la mise en œuvre a souvent enlevé la vie. Au siècle dernier, sans y voir plus loin que le bout de son nez, l’humanité éliminait allègrement éléphants et rhinocéros pour en récolter l’ivoire. Tristement ironique, tout de même, que ces animaux sans défense, face aux armes de l’homme, aient été massacrés pour… leurs défenses. L’ivoire était alors très convoité pour fabriquer des boules de billard et des touches de piano. En Europe et en Amérique résonnait la douce musique des pianos. En Afrique résonnaient les cris de douleur des énormes pachydermes abattus.

Le carnage ne s’appliquait pas qu’à eux, hélas. Les grands fauves ne furent pas en reste. Pendant que les murs des collectionneurs se garnissaient de sinistres trophées, les savanes africaines se vidaient de leur gibier. Pour une tête coupée puis empaillée, combien de ces magnifiques félins ou cervidés furent tués?

Les mœurs ont depuis changé. Le safari évoque davantage aujourd’hui le voyage exotique de tourisme et surtout, le safari-photo. Le téléobjectif remplace désormais la carabine. L’impact sur la faune est moins direct, moins palpable, mais il n’en est pas moins absent. Le safari-photo est devenu une mode très tendance et l’impact sur les animaux est inquiétant. Le déferlement d’humains en quête d’images peut devenir une source sérieuse de dérangement pour la faune et la flore si l’activité n’est pas exercée dans les règles de l’art.

Le safari que je vous propose

Le safari que je vous propose dans cette nouvelle série d’articles est plus modeste. Il a été effectué, au fil du temps, dans un lieu commun : mon jardin. Précisons que le terme jardin ne se limitera pas dans cet article au simple potager. Il s’appliquera à tout le terrain autour de ma maison. Le safari que je vous propose n’a sollicité aucun autre moyen de déplacement que celui de mes pas. Il n’a nécessité aucune réservation de billets d’avion, aucun vaccin de voyage, aucun passeport, aucune contrainte de temps. Je n’ai pas eu à réserver de chambres, de huttes, de gîtes, de véhicules, ni de guides ou de porteurs… La liberté totale…

Si le safari implique obligatoirement un voyage vers le but recherché, il en va du contraire dans mon cas. Ici, les sujets d’intérêt sont venus vers le photographe par eux-mêmes, dans le cas des animaux et de plusieurs végétaux, ou avec un peu d’aide anthropique dans le cas des plantes cultivées. Dans un sens, on pourrait presque qualifier mon safari d’anti-safari. 

Parterre urbain
Le pays de mon safari? Mon terrain. Vous le verrez ici sous ses quatre points cardinaux et en quatre saisons. À l’ouest du territoire, la façade et le parterre principal. L’été bat son plein et le clématis est en pleine floraison. Les bourdons et les colibris aiment bien s’y attarder.
feuilles tombées en automne
Transportons nous du côté sud, dans la cour latérale. C’est maintenant l’automne. Pendant la nuit, les deux tilleuls d’Amérique ont soudainement commencé à perdre leurs feuilles. En quelques heures seulement, le tapis vert s’est métamorphosé en cette épaisse moquette jaune.
bouleau pleureur et neige en hiver
La face nord et son bouleau pleureur. Hiver comme été, ce dernier possède un fascinant pouvoir d’attraction sur une variété d’oiseaux. Plusieurs des photos qui vous seront présentées dans cette série y ont été prises.
mini-serre au printemps
Sur la face est du terrain, quatre planches de culture sont aménagées. À chaque printemps, dès le mois d’avril, nous installons une mini-serre sur l’une de ces planches. Au mois de mai nous pouvons déjà déguster nos propres radis, laitues, épinards et mâche.

J’ai un jour fait un choix

Les animaux et plantes que je vous présente peuvent sembler très peu exotiques. Ils sont pourtant pour la plupart méconnus. Dès notre enfance, nos livres nous ont proposé à profusion lions, tigres, antilopes, éléphants ou tout autres animaux et plantes de la jungle ou de la savane. Toutefois, ce n’est pas parmi eux que nous vivons notre vie quotidienne. À quoi bon connaître la gazelle si on ne sait rien de la tourterelle? Nous identifions plus facilement le palmier que l’amélanchier. C’est à la lumière de ce constat que j’ai un jour fait un choix: le choix de m’intéresser à toute cette vie qui m’entoure, au lieu de toujours rêver à un ailleurs meilleur. Mieux connaître ce qui nous entoure c’est aussi mieux se connaître.

tourterelle triste
La tourterelle triste (Zenaida macroura). Saviez-vous que, selon le Cornell Lab of Ornithology, c’est l’oiseau le plus chassé en Amérique du Nord? Saviez-vous que la famille des Columbidés, dont fait partie la tourterelle triste, possède un palais mou qui leur permet de boire sans relever la tête? Cette caractéristique est peu fréquente chez les oiseaux (Dauphin, 1995). Deux exemples, tirés de la liste des saviez-vous que, se rapportant à cette seule espèce. Nous en connaissons si peu sur la plupart de ces espèces qui nous côtoient pourtant régulièrement.
fleur d'amélanchier
Pourriez-vous identifier rapidement cette fleur? On la voit pourtant tout autour de nous dès le mois de mai. C’est l’amélanchier. Son fruit, l’amélanche, est d’ailleurs délicieux. Pour la plupart d’entre nous, sur une autre photo, le palmier ou le cocotier aurait été bien plus facile à identifier. Il faut pourtant voyager vers le sud pour les observer puisqu’ils ne poussent pas ici.

Mon jardin

Pour saisir le contexte, voici la description de mon jardin. Mon terrain est comme la rive convexe d’un méandre, à la différence qu’il est entouré sur trois faces par le bitume des rues, au lieu de l’eau d’une rivière. Il occupe au total une superficie de 555 mètres carrés. Une fois soustraite l’aire des dépendances, soit la maison et la remise, il reste une aire d’environ 435 mètres carrés. C’est dans cet espace plutôt restreint que me sont apparus animaux, plantes, couleurs, textures et interactions de toutes sortes. Il ne m’a suffit que de prendre le temps de m’arrêter, regarder, écouter, et souvent me pencher pour avoir le bonheur de faire toutes ces rencontres. 

La démarche

La démarche qui a mené à cette série d’articles est assez simple. C’est en faisant du classement dans mes archives que j’ai réalisé la diversité d’insectes, d’oiseaux et de fleurs photographiés au fil du temps dans mon minuscule domaine.

La première étape a été, évidemment, la prise de vue. Celle-ci s’est faite sans anticipation ou préparation, au hasard de mes présences au jardin. Je ne saurais compter les fois où un paisible café matinal s’est transformé en séance photo. Un sujet aperçu? Vite, une course à l’intérieur de la maison pour saisir mon appareil photo et me hâter de ressortir photographier l’oiseau, l’insecte ou la fugace lumière sur une fleur. 

La deuxième étape, tout aussi simple, a consisté à sélectionner des photos prises uniquement dans mon jardin ou à partir de mon jardin. Je prévoyais faire un seul article sur le sujet mais à ma grande surprise, la quantité de matériel retenu m’en a inspiré plusieurs.

La dernière étape: identifier avec le plus de précision possible les espèces photographiées. L’exercice a été plutôt facile avec les oiseaux. N’étant pas entomologiste, l’identification des insectes s’est avérée plus laborieuse. Il m’a fallu consulter plusieurs guides et certains experts. Une fois ces étapes complétées, il ne restait qu’à commencer l’écriture.

neige sur lavande
Du passage des saisons…
éphémère
… à l’éphémère posée sur un mur de la maison.
souriceaux
Des furtifs souriceaux cherchant à entrer dans le cabanon…
faucon émerillon
… au passage à vive allure du faucon émerillon.
gouttes de rosée et toile d'araignée
Du capteur de rosée constitué d’une toile d’araignée…
araignée
… à celle qui l’a peut-être tissée.
escargot de jardin
Parti du sol, il a grimpé sur plus d’un mètre avec sa maison sur le dos, effectué une flexion arrière pour passer vers une autre feuille. Tout cela sans tomber, il faut le faire! Un autre exemple de tout ce qu’on peut voir et découvrir quand on s’arrête pour regarder. Ce sont de petits moments comme celui-ci, passé avec un escargot de jardin, que je vous propose dans ce safari dans mon jardin.

La série

La série d’articles sera un processus évolutif. De la faune à la flore, de textures en lumières, j’y présenterai différents sujets que j’ai jugé susceptibles d’intéresser le lecteur. Il s’agit d’un plan bien peu précis je l’avoue, la surprise n’en sera que meilleure, je le souhaite. La seule certitude que j’ai pour l’instant c’est qu’il y aura au moins quatre ou cinq articles. Pendant les prochaines semaines, je vous inviterai donc à partir avec moi en safari ou en anti-safari, si vous préférez, dans mon jardin.

geai bleu
Perché au sommet du bouleau pleureur (Betula pendula sp.), graine de tournesol au bec, ce geai bleu est venu égayer le moment de mon café matinal. Ce bouleau, vous en ferez plus ample connaissance dans le prochain article.

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Cet article a 12 commentaires

  1. Christiane R.

    Un concept très original ce safari-jardin. Bravo! Ton premier article vient de peupler mon insomnie. À bientôt.

    1. Yves

      Merci beaucoup pour ton gentil commentaire Christiane. Bien content d’avoir meublé un peu ton insomnie. J’aurais aimé que mon article t’aide à t’endormir, ce qui, par contre, n’aurait pas été bon signe pour moi . Je te souhaite une bonne semaine. 😘

  2. Lorraine.

    Tellement captivant ce premier récit. Je suis convaincue, donc je te suivrai tout au long de tes reportages. gros merci Yves.

    1. Yves

      Merci beaucoup à toi Lorraine 🙏🏼 À la prochaine donc 👋🏻

  3. Louise Tremblay

    Quel beau projet! Voyager chez soi.Observer ce qui nous entoure. S’initier au monde des insectes que l’on connaît moins. C’est en parcourant toutes mes photos du terrain au cours des saisons et des années que je sais que ton projet est unique et que ta famille sera fière de cet héritage.

    1. Yves

      Merci beaucoup Louise de ce gentil commentaire, c’est très apprécié. Bon vendredi à toi.

  4. Marie-France

    Wow Yves quelle bonne idée ce safari-anti-safari…et ta façon de nous le proposer est une belle leçon de vie. L’herbe est très verte dans notre jardin si on prend la peine et le temps de la regarder. Merci.

    1. Yves

      Merci beaucoup Marie-France, c’est très gentil. Je te souhaite un bon vendredi 😘

  5. Gauthier

    Magnifique texte et bel enseignement en cet équinoxe de printemps

    1. Yves

      Merci beaucoup à vous Yveline, c’est très apprécié 🙏🏼

    1. Yves

      Merci beaucoup Yveline 🙏🏼 Je vous souhaite un magnifique printemps🌞🌿👋🏻

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Safari dans mon jardin

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